Lorsqu’il perdit son père, il cacha son décès pendant une année afin de mener à bien les projets qu’il souhaitait accomplir. Puis il rendit publiquement la nouvelle et reçut les condoléances des gens. Il était noble et courageux, comme son père : il conquit des contrées, envoya des expéditions militaires vers les terres byzantines et tenta de s’emparer des territoires égyptiens, sans toutefois y parvenir. C’est plutôt son petit-fils, al-Muʿizz al-Fâṭimî, bâtisseur de la ville du Caire al-Muʿizziyya, qui réalisa cette entreprise, comme nous le mentionnerons, si Dieu le veut.
Le juge Ibn Khallikân rapporte dans son ouvrage « al-Wafayât » qu’il existe de très nombreuses divergences quant à la généalogie de ce Mahdî. Ainsi, l’auteur de « Târîkh al-Qayrawân » déclare qu’il s’agit de ʿUbayd Allâh ibn al-Ḥasan ibn ʿAlî (1) [ibn Muḥammad ibn ʿAlî] (2) ibn Mûsâ ibn Jaʿfar ibn Muḥammad ibn ʿAlî ibn al-Ḥusayn ibn ʿAlî ibn Abî Tâlib. D’autres affirment qu’il est ʿUbayd Allâh ibn al-Taqî, c’est-à-dire al-Ḥusayn, fils d’al-Wafî Aḥmad, fils d’al-Raḍî ʿAbd Allâh ; ces trois-là étant appelés « al-mastûrûn » (ceux qui vivaient cachés), car ils redoutaient les califes ʿabbassides. Ce al-Raḍî ʿAbd Allâh est, dit-on, le fils de Muḥammad ibn Ismâʿîl ibn Jaʿfar al-Ṣâdiq. On trouve encore d’autres versions de sa filiation.
Le juge Ibn Khallikân ajoute : « Les spécialistes rejettent sa prétention à cette ascendance (3). » Or, je précise que plusieurs savants ont rédigé des écrits à ce sujet — parmi eux, le shaykh Abû Ḥâmid al-Isfarâ’înî, le juge al-Bâqillânî et al-Qudûrî — affirmant que ces individus ne possèdent pas une ascendance authentique comme ils le prétendent. Selon leur récit, le père de ce ʿUbayd Allâh était un Juif qui exerçait la profession de teinturier à Baslamiyya. Certains prétendent qu’il se nommait Saʿd (4) et que son surnom fut ʿUbayd Allâh. Quant au mari de sa mère, c’était al-Ḥusayn ibn Aḥmad ibn Muḥammad ibn ʿAbd Allâh ibn Maymûn al-Qaddâḥ, surnommé ainsi parce qu’il exerçait la profession de « kâḥḥâl », c’est-à-dire qu’il soignait les yeux (5).
Celui qui prépara le terrain en ces contrées n’était autre qu’Abû ʿAbd Allâh al-Shîʿî — comme nous l’avons mentionné. Celui-ci fit venir ʿUbayd Allâh depuis les régions orientales, mais ce dernier tomba entre les mains du souverain de Sijilmâsa, qui l’emprisonna. Abû ʿAbd Allâh al-Shîʿî s’ingénia cependant à le libérer et à lui remettre les rênes du pouvoir. Par la suite, il regretta de les lui avoir cédées et projeta de le tuer, mais ʿUbayd Allâh, mis au courant de son intention, le fit périr, ainsi que son frère.