Il était gouverneur à Māh, à Koufa, à ad-Dīnūr et à Māsabadhān, et il appela à cette cause. Un grand nombre de soldats et d’émirs le suivirent, il perçut les impôts et son pouvoir s’accrut considérablement. Son autorité se renforça, et il se dirigea vers Bagdad. Alors Muḥammad ibn Yāqūt, chef des chambellans, sortit avec toute l’armée de Bagdad pour le rencontrer, et ils s’affrontèrent sur place. Un jour, Hārūn ibn Gharīb se mit en route, espérant trouver un stratagème pour capturer Muḥammad ibn Yāqūt. Mais son cheval se cabra, il chuta dans un fleuve, et un de ses serviteurs le frappa à mort avant de prendre sa tête et de l’apporter à Muḥammad ibn Yāqūt. Les hommes de Hārūn furent alors mis en déroute. Muḥammad ibn Yāqūt regagna Bagdad, portant la tête de Hārūn ibn Gharīb fixée sur une lance devant lui. Les habitants s’en réjouirent, et ce fut un jour mémorable.
La même année, un homme apparut à Bagdad, connu sous le nom d’Abū Jaʿfar Muḥammad ibn ʿAlī al-Chalmaghānī, qu’on appelait également Ibn Abī al-ʿAzāqir (1). On rapportait qu’il prétendait, à l’instar d’al-Ḥallāj, à la divinité. Il avait été arrêté pendant le règne d’al-Muqtadir, auprès de Ḥāmid ibn al-ʿAbbās, accusé de professer la métempsycose (tanāsukh), ce qu’il nia. Cette fois-ci, al-Rāḍī le convoqua et porta de nouveau contre lui les accusations dont il était l’objet. Il les rejeta tout d’abord, puis admit certains faits. Des juristes émirent alors une fatwā autorisant qu’on répande son sang à moins qu’il ne renonce à cette doctrine, [ce qu’il refusa]. On le flagella de quatre-vingts coups de fouet, puis on lui trancha la tête et on le crucifia, le rejoignant ainsi au sort d’al-Ḥallāj – que Dieu les réprouve tous deux. Son compagnon, Ibn Abī ʿAwn (3) – que Dieu le maudisse – fut exécuté en même temps que lui. Cet individu faisait partie du groupe de ceux qui le suivaient et croyaient en ses propos hérétiques. Ibn al-Athīr a largement développé, dans son « Al-Kāmil » (4), la doctrine de ces impies.
Un autre homme, au pays de Chāch, prétendit à la prophétie ; il produisit des artifices et recourut à de multiples subterfuges. Les armées allèrent à sa rencontre, le combattirent et le tuèrent. Son histoire s’éteignit alors et son influence s’évanouit.
Concernant la mort du Mahdī, souverain d’Ifriqiya et premier calife fatimide selon leurs dires : cette même année mourut Abū Muḥammad ibn ʿUbayd Allāh – qui se prétendait descendant ʿalide et se faisait appeler al-Mahdī, bâtisseur de la ville d’al-Mahdiyya – dans ladite cité, à l’âge de soixante-trois ans. Depuis son entrée à Raqqāda (5) et sa revendication de l’imamat, son règne avait duré vingt-quatre ans, un mois et vingt jours. Il fut le premier des califes fatimides. C’était un homme courageux et vaillant, sorti victorieux de ses opposants, de ceux qui l’avaient combattu, défié et haï. Après sa mort, son fils Abū al-Qāsim, connu sous le titre de calife al-Qāʾim bi-Amr Allāh, assura la succession au califat.