Et l’on rapporte qu’il n’avait pour dessein, par cet acte, que de porter atteinte à la réputation d’al-Mustakfî bi-llâh. Dieu est plus savant. Sa biographie apparaîtra lorsque nous mentionnerons sa mort.
Le califat d’al-Râḍî bi-llâh Abû al-ʿAbbâs Muḥammad (1), fils d’al-Muqtadir bi-llâh
Lorsque les soldats déposèrent al-Qâhir et lui crevèrent les yeux, ils firent venir Abû al-ʿAbbâs Muḥammad ibn al-Muqtadir bi-llâh, lui prêtèrent serment d’allégeance au califat et le désignèrent sous le titre d’al-Râḍî bi-llâh. Abû Bakr al-Ṣûlî avait suggéré qu’il porte le titre d’al-Murtaḍâ bi-llâh (2), mais il ne l’accepta pas et opta plutôt pour ce titre. Cela se produisit le mercredi, six jours après le début de Jumâdâ al-Ûlâ de cette année, c’est-à-dire en l’an trois cent vingt-deux. Ils amenèrent alors al-Qâhir, qui était aveugle depuis qu’on lui avait crevé les yeux, et le firent comparaître devant lui. Il le salua en tant que calife et lui remit le pouvoir. Al-Râḍî assuma dès lors les responsabilités du califat, et il fut parmi les meilleurs califes, comme nous le mentionnerons. Il ordonna de faire venir Abû ʿAlî ibn Muqla et le nomma vizir, plaça ʿAlî ibn ʿĪsâ en qualité de surveillant de ses fonctions, fit libérer tous ceux qu’al-Qâhir détenait en prison, et convoqua ʿĪsâ le médecin d’al-Qâhir pour le contraindre à une amende de deux cent mille dinars. Il reprit également le dépôt qu’al-Qâhir lui avait confié, constitué d’une importante quantité d’or, d’argent et d’objets précieux.
Cette même année, l’influence de Mardâwîj grandit à Ispahan, et l’on rapporta qu’il projetait d’attaquer Bagdad, tandis qu’il soutenait le souverain du Baḥrayn (3) [l’émir des Qarmates] (4). Tous deux s’étaient accordés pour ôter la dynastie aux Arabes et la transférer aux Persans. Mardâwîj se comportait durement envers ses sujets, en particulier envers ses proches parmi les Turcs. Ils s’allièrent donc pour le tuer, et ils y parvinrent. Celui qui prit la tête de ce complot était le plus proche de ses mamlouks et celui qui lui était le plus cher, à savoir Bujkum — que Dieu illumine son visage. C’est ce même émir qui sauva la Pierre Noire des mains des Qarmates, la leur rachetant pour cinquante mille dinars qu’il leur versa, afin qu’ils la restituent à La Mecque, comme nous le verrons (5).
Après l’assassinat de Mardâwîj ibn Ziyâr al-Daylamî, le rang de ʿAlî ibn Bûwayh s’éleva considérablement, son prestige auprès de la population augmenta et son influence sur les rois se renforça. Nous évoquerons ultérieurement la suite de son histoire.
Lorsque al-Qâhir fut déposé et qu’al-Râḍî devint calife, Hârûn ibn Gharîb aspira lui aussi au califat (6), car il était le cousin maternel d’al-Muqtadir.