Il y avait des dépôts destinés à Yaʿqūb et ʿAmr, fils d’al-Layth, contenant d’immenses sommes d’argent incalculables et dont l’abondance ne saurait être décrite. Leur situation se renforça et leur autorité s’accrut considérablement. Tout cela fait partie des dispositions prédestinées par Dieu pour eux en termes de bien-être matériel [après la faim et la pénurie].
(1) « Et ton Seigneur crée ce qu’Il veut et Il choisit » (al-Qaṣaṣ, 68).
Il écrivit alors à ar-Rāḍī (2) et à son vizir Abū ʿAlī ibn Muqla pour solliciter un accord concernant les provinces qu’il contrôlait, à hauteur d’un million (d’unités monétaires) chaque année. Ar-Rāḍī acquiesça et lui envoya les robes d’honneur, l’étendard et les insignes royaux.
Au cours de cette même année, al-Qāhir bi-llāh fit exécuter deux grands émirs : Isḥāq ibn Ismāʿīl an-Nūbakhtī, celui-là même qui avait conseillé l’accession d’al-Qāhir au califat (3), et Abū s-Sarāyā ibn Ḥamdān, le plus jeune fils de sa famille. Al-Qāhir nourrit à leur égard un ressentiment, car ils avaient surenchéri sur deux chanteuses avant qu’il ne devienne calife. Il les invita à partager une veillée ; ils se parfumèrent et se présentèrent, puis il ordonna qu’ils soient jetés dans un puits. Ils le supplièrent, mais il ne leur témoigna aucune pitié et les fit jeter dans la fosse, avant de la faire sceller avec de la terre.
• Mention de la destitution d’al-Qāhir et du fait qu’on lui creva les yeux
La raison en fut que le vizir Abū ʿAlī ibn Muqla avait pris la fuite dès qu’al-Qāhir arrêta Mu’nis le chambellan. Il se cacha dans sa propre demeure tout en écrivant aux soldats pour les inciter contre al-Qāhir, leur faisant craindre sa puissance, sa hardiesse, et la rapidité avec laquelle il frappait. Il leur confia qu’al-Qāhir avait déjà préparé pour les hauts dignitaires de l’armée des lieux de détention et des moyens de les faire périr, comme il l’avait fait avec un tel et un tel. Ce discours enflamma leur colère et facilita la capture d’al-Qāhir. Ils se rassemblèrent et décidèrent de l’attaquer immédiatement. Accompagnés de l’émir connu sous le nom de Bīsīmā, ils se dirigèrent vers le palais califal, encerclèrent l’enceinte, puis pénétrèrent de toutes parts. Le vizir al-Khuṣaybī sortit déguisé en femme, tandis qu’al-Qāhir, qui était en état d’ébriété, prit la fuite et se cacha sur la terrasse d’un hammam. Ils l’y découvrirent, l’arrêtèrent et le gardèrent prisonnier chez Ṭarīf as-Sabkarī, relâchant ce dernier de sa propre détention. Bagdad fut alors secouée et livrée au pillage, un samedi, le troisième jour de Jumādā al-Ūlā de cette année [c’est au cours du même mois que mourut Shaghb ; il ne s’écoula qu’une année entre sa mort et l’arrestation d’al-Qāhir, le crevage de ses yeux et sa torture, Dieu s’étant ainsi vengé de lui] (4). Ensuite, ils le firent comparaître, lui crevèrent les yeux d’un geste si brutal que ses joues en furent atteintes, et il subit un traitement si terrible qu’on n’en avait jamais entendu parler dans l’histoire de l’islam. Ils le renvoyèrent par la suite, l’emprisonnant par moments, puis le libérant à d’autres.
Sa mort fut différée jusqu’en l’an trois cent trente-neuf (5). Il vécut dans l’indigence au point de se tenir un jour dans la mosquée al-Manṣūr pour demander l’aumône. Un homme lui offrit alors cinq cents dirhams.