‘Abbād (1) l’honora et le traita avec respect, puis lui posa une question [dans le domaine des questions] (2). Il répondit : « Je ne connais pas la moitié du savoir. » Il lui dit alors : « Tu as raison, et ton père t’a précédé pour l’autre moitié (3). »
Muḥammad ibn al-Ḥasan ibn Durayd ibn ‘Atāhiyah (4), connu sous le nom d’Abū Bakr ibn Durayd, al-Azdī, était un linguiste, un grammairien et un poète, auteur de la “Maqṣūrah” (5). Il naquit à Baṣra en l’an 223. Il voyagea de région en région pour acquérir la science et la littérature. Son père était un homme fortuné. Lorsqu’il se rendit à Bagdad, il était déjà âgé et y demeura jusqu’à sa mort. Il reçut la transmission de ‘Abd al-Raḥmān, le neveu d’al-Aṣma‘ī, d’Abū Ḥātim et d’al-Riyāshī. Parmi ceux qui reçurent la sienne figurent Abū Sa‘īd al-Sīrāfī, Abū Bakr ibn Shādhān, Abū ‘Ubayd Allāh al-Marzubānī, et d’autres.
On raconte qu’il était le plus savant des poètes et le plus poète des savants. Il s’abandonnait à l’ivresse sans retenue (6). Abū Manṣūr al-Azharī raconta : « Je suis allé chez lui et l’ai trouvé ivre, je n’y suis plus jamais retourné (7). » On interrogea ad-Dāraquṭnī à son sujet, et il répondit : « On a porté des jugements à son encontre. » Ibn Shāhīn déclara : « Nous allions chez lui et étions embarrassés par la vue des luths suspendus [et des instruments de divertissement] (8) et par le vin clarifié, alors qu’il avait dépassé quatre-vingt-dix ans et approchait les cent ans (9). »
Il mourut un mercredi, douze jours avant la fin du mois de Sha‘bān. Ce même jour survint la mort d’Abū Hāshim ibn Abī ‘Alī [al-Jubbā’ī le mu‘tazilite] (10), et la prière funéraire fut accomplie pour tous deux en même temps, avant qu’on ne les inhumât au cimetière al-Khayzarānīyah. Les gens dirent alors : « Aujourd’hui est mort le savoir de la langue et le savoir de la théologie. » Ce fut un jour de pluie.