La mère du Commandeur des croyants al-Muqtadir bi-llāh, surnommée «al-Sayyida» (1), percevait chaque année de ses biens un revenu d’un million de dinars. Elle donnait en aumône une somme plus importante encore, qu’elle affectait aux pèlerins pour leur fournir boissons, vivres et médecins, et pour faciliter l’accès aux routes et aux points d’eau (2). Elle jouissait d’une très grande dignité, d’une autorité remarquable et d’un pouvoir de décision certain durant le califat de son fils. Mais lorsqu’il fut tué, alors qu’elle était déjà souffrante, sa maladie s’aggrava à cause de ce drame (3).
Lorsque le pouvoir se fixa entre les mains d’al-Qāhir pour le califat – il était le fils de son époux al-Muʿtaḍid et le frère d’al-Muqtadir (4) – (elle l’avait recueilli à la mort de sa propre mère et l’avait sauvé de son fils lorsque Muʾnis avait fait allégeance en sa faveur, sans que cela n’aboutisse), il la punit très sévèrement : il la suspendit par un pied, la tête en bas, si bien qu’elle pouvait uriner et que son urine lui coulait alors sur le visage, afin de la contraindre à révéler l’emplacement de ses biens. Il ne trouva cependant rien d’autre que ses vêtements, ses bijoux et ses ornements rangés dans des coffres, pour une valeur totale de cent trente mille dinars. Quant à tout ce qu’elle percevait, elle le redistribuait immédiatement en aumônes et avait fait de nombreux legs charitables. Toutefois, elle possédait encore quelques biens dont al-Qāhir ordonna la vente. Il convoqua des témoins pour attester qu’elle avait accordé procuration pour cette vente, mais ceux-ci refusèrent de déposer avant de la voir de leurs propres yeux. Le calife permit alors de lever le voile.
On lui demanda : « Es-tu Shaghab, la servante d’al-Muʿtaḍid, mère de Jaʿfar al-Muqtadir ? » Elle se mit à pleurer longuement, puis répondit : « Oui. » Ils consignèrent alors son signalement : une vieille femme, à la peau mate, au front étroit. Les témoins pleurèrent, songeant à la versatilité du temps et à la succession des événements, [et à la vérité que ce bas-monde n’est qu’un séjour d’épreuve : ce qu’on en espère ne vaut pas ce qu’on en craint, et même son aurore n’échappe pas à l’éclipse ; qui s’y fie se brûle à son feu] (6).
Elle mourut au mois de Jumādā al-Ūlā de cette année-là et fut inhumée à ar-Ruṣāfa.
‘Abd as-Salām ibn Muḥammad (7) ibn ʿAbd al-Wahhāb ibn Salām ibn Khālid ibn Ḥumrān ibn Abān, affranchi de ʿUthmān ibn ʿAffān, est le père d’Abū Hāshim fils d’Abū ʿAlī al-Jubbāʾī, tous deux mutakallim (théologiens) muʿtazilites. Il est considéré comme l’éponyme de la tendance dite « bahshamiyya » (8) au sein du muʿtazilisme. Comme son père auparavant, il a composé plusieurs ouvrages sur la doctrine muʿtazilite. Né en l’an 247 de l’Hégire, il mourut au mois de Shaʿbān de cette même année.
Le cadi Ibn Khallikān rapporte : « Il avait un fils, nommé Abū ʿAlī, qui se présenta un jour auprès d’al-Ṣāḥib ibn… »