Aḥmad ibn Muḥammad ibn Mūsā ibn an-Naḍr (1), fils de Ḥakīm ibn ʿAlī ibn Zarba, Abū Bakr ibn Abī Ḥāmid, responsable du Bayt al-Māl (Trésor public). Il écouta ʿAbbās al-Dūrī et beaucoup d’autres, et al-Dāraquṭnī, entre autres, rapporta également de lui. Il était fiable (thiqa), sincère (ṣadūq), généreux et loué.
Il arriva à son époque qu’un homme de savoir possédait une esclave (jāriya) qu’il aimait d’un amour profond. Submergé de lourdes dettes, il dut la vendre pour s’en acquitter. Une fois l’argent encaissé, il regretta amèrement [à cause de leur séparation] (2), sans savoir quoi faire. L’acheteur qui l’avait acquise auprès de lui la revendit, et l’ancien maître apprit que la jeune esclave avait été rachetée par Ibn Abī Ḥāmid, le responsable du Trésor. Il fit donc intercéder auprès de lui l’un de ses compagnons pour qu’il la lui restitue contre son prix.
[On mentionna à Ibn Abī Ḥāmid] (3) qu’il l’aimait, qu’il était un homme de savoir et qu’il ne l’avait vendue qu’à cause d’une dette qu’il n’avait pu rembourser. Lorsque l’on transmit ces propos à Ibn Abī Ḥāmid (4), il n’était même pas au courant de la présence de cette esclave chez lui, car c’est son épouse qui l’avait achetée pour lui, sans l’informer aussitôt, dans l’attente que son délai de viduité (istibrāʾ) s’achève. Or, ce jour-là marquait justement la fin de ce délai : ils l’avaient parée de bijoux et d’ornements, et l’avaient préparée pour lui. Lorsque l’intercession survint à son sujet, il en fut surpris, ne sachant rien à son sujet.
Il rentra donc chez lui pour en avoir le cœur net et découvrit qu’elle était apprêtée et parée, ce qui lui procura une grande joie : il la trouva [ainsi] (5) en pensant à l’homme qui la réclamait. Il la fit sortir avec lui tout en manifestant sa joie, [son épouse s’imaginant qu’il l’emmenait pour consommer l’union] (6). Mais il se rendit aussitôt chez le précédent maître et la lui présenta avec tous ses bijoux et atours. Il lui demanda : « Est-ce bien ta servante ? » Lorsqu’il la vit [sous cet aspect, parée de ces bijoux et de cet éclat remarquable] (7), il en resta confus et bouleversé.
Il répondit : « Oui. »
Alors Ibn Abī Ḥāmid lui dit : « Prends-la, qu’Allāh te la bénisse ! » Le jeune homme [en fut] (8) fou de joie et s’exclama : « Maître, veux-tu que je t’envoie quelqu’un pour t’apporter l’argent ? » Il répliqua : « Je n’en ai pas besoin, et je t’en libère. Je crains qu’en n’ayant rien, tu ne la vendes de nouveau à quelqu’un qui ne te la rendrait pas. » Le jeune homme continua : « Maître, qu’en est-il des bijoux et ornements qu’elle porte ? » Il répondit : « Ceci est un présent que nous lui avons offert ; nous n’y reviendrons jamais. » Le jeune homme en fut encore plus comblé de joie et s’en retourna avec elle.
Au moment de dire adieu à Ibn Abī Ḥāmid, il demanda à la jeune esclave : « Lequel nous préfères-tu, nous ou ton ancien maître ? » Elle répondit : « Quant à vous, vous m’avez comblée de bienfaits, qu’Allāh vous en récompense. Mais en ce qui concerne mon maître, si j’avais disposé de lui comme il dispose de moi, je ne l’aurais jamais vendu, même contre de fortes sommes. » Les personnes présentes trouvèrent ses propos admirables, compte tenu de sa jeunesse [9].