Le roi, fils de Sâbûr Dhû al-Aktâf le Perse. C’est ainsi que l’émir Abû Nasr ibn Mâkûlâ les rapporte dans son livre (1).
On les appela « Daylamites » parce qu’ils demeurèrent auprès du peuple Daylam et vécurent parmi eux quelque temps. Leur père, Abû Shujâʿ Bûyah, était alors extrêmement pauvre : il pêchait du poisson, et ses fils ramassaient du bois de chauffage qu’ils portaient sur leurs têtes. Lorsque sa femme mourut, elle lui laissa ces trois garçons, et il en fut très affligé. Un jour, comme il se trouvait auprès de l’un de ses compagnons, Shahrîyâr ibn Rustam le Daylamite, un astrologue passa. Il le fit appeler et lui dit : « J’ai fait un rêve étrange [que je veux que tu m’interprètes] (2). »
« J’ai rêvé que j’urinai, et qu’il sortait de mon membre une immense flamme qui atteignait presque le ciel. Cette flamme se scinda en trois branches, puis chacune de ces branches se subdivisa en d’autres qui illuminèrent le monde. Je vis alors pays et populations se soumettre à ce feu. »
L’astrologue lui répondit : « C’est un songe grandiose, et je ne l’expliquerai qu’en échange d’une forte somme d’argent. » Il répliqua : « Par Dieu, je n’ai rien à te donner, je ne possède rien hormis ce cheval. » L’astrologue dit alors : « Cela signifie que de ta lignée naîtront trois rois, et que de chacun d’eux descendra plusieurs dynasties royales. » Le père s’écria : « Malheur à toi, te moques-tu de moi ? », puis il ordonna à ses fils de le gifler et ne lui donna que dix dirhams. L’astrologue leur dit : « Souvenez-vous de ces paroles lorsque vous accéderez au pouvoir et que vous serez rois », et il s’en alla.
C’est là un fait parmi les plus étonnants. En effet, ces trois frères étaient au service d’un roi nommé Mâ Kân ibn Kâlî, dans le pays de Tabaristân. Mais Mardâwîj prit le dessus sur Mâ Kân, qui s’affaiblit. Les frères lui demandèrent conseil sur l’idée de le quitter, espérant que le temps montrerait le bien à en tirer. Ils partirent donc, accompagnés d’un groupe d’émirs, pour rejoindre Mardâwîj. Celui-ci les accueillit avec bienveillance et leur confia l’administration de plusieurs provinces. Il nomma ainsi ʿImâd ad-Dawla ʿAlî ibn Bûyah gouverneur d’al-Karaj (3). Celui-ci s’y montra juste et sut gagner l’affection populaire, ce qui suscita la jalousie de Mardâwîj. Celui-ci l’envoya destituer et le convoqua. ʿImâd ad-Dawla refusa de répondre à la convocation et se rendit à Ispahan, où il combattit le gouverneur local. Il en sortit vainqueur et s’empara de la ville. Il n’avait pourtant avec lui que sept cents cavaliers, qui réussirent à repousser dix mille soldats. Il gagna alors un grand prestige. Apprenant cela, Mardâwîj s’inquiéta et dépêcha une armée pour le déloger d’Ispahan. ʿImâd ad-Dawla quitta la ville et se dirigea vers Arrajân (4) dont il chassa le gouverneur, amassant ainsi de grandes richesses. Il conquit ensuite d’autres territoires, sa renommée se répandit au loin, et il administra ses domaines avec une telle justice [que les gens venaient à lui avec amour et respect] (5).
Une foule considérable de soldats se rallia à lui, si bien qu’ils parvinrent à s’emparer de Bagdad des mains même des califes abbassides. Ils en vinrent [là-bas] à décider de tout : ils désignaient et destituaient les gouverneurs, percevaient les impôts, et on se remettait à leur jugement pour tous les domaines de l’administration et du gouvernement, comme nous le détaillerons plus loin. C’est Dieu que nous implorons, Lui dont la louange est due en toute circonstance.