Cette année-là, al-Qâhir bi-llâh ordonna l’abolition des boissons enivrantes, des lieux de chant et des qiyân (servantes chanteuses). Il ordonna également de vendre les esclaves chanteuses au marché des esclaves en prétendant qu’elles étaient novices.
Ibn al-Athîr rapporte : « Al-Qâhir n’agît ainsi que parce qu’il était amateur de chant et désirait se procurer les esclaves chanteuses au prix le plus bas. Que Dieu nous préserve de telles mœurs. » (1)
La même année, le peuple colporta la rumeur selon laquelle le chambellan ‘Alî ibn Bulaïq (2) projetait de maudire Mu‘âwiya depuis les chaires. Lorsque cette nouvelle parvint au chambellan, il convoqua le chef des hanbalites, Abû Muḥammad al-Barbahârî (3), le prédicateur, pour qu’il comparaisse devant lui à ce sujet. Mais celui-ci s’enfuit et se cacha. Le chambellan fit alors arrêter plusieurs de ses partisans, qu’il fit emmener à Baṣra.
Cette même année, le calife honora son vizir Abû ‘Alî ibn Muqla, le traitant avec respect et égards. Puis, le vizir, Mū’nis le serviteur, ‘Alî ibn Bulaïq et un groupe d’émirs tinrent conseil pour déposer al-Qâhir bi-llâh au profit d’Abû Aḥmad ibn al-Muktafî. Ils lui prêtèrent secrètement serment d’allégeance et restreignirent les ressources du calife, ainsi que l’accès à sa personne, jusqu’à vouloir rapidement l’arrêter. Mais al-Qâhir fut informé de leurs agissements par Ṭarîf al-Sabkarî (5). Il parvint alors à les faire appréhender. L’éminent émir al-Muẓaffar Mū’nis al-Khadim tomba entre ses mains. Al-Qâhir ordonna son emprisonnement avant même de le recevoir, en plus de la confiscation de ses demeures et de ses biens – c’était un homme pressé, audacieux, téméraire et fort emporté. Le calife éleva à sa place Ṭarîf al-Sabkarî au rang d’émir des émirs et à la tête de l’armée. Ce dernier fut auparavant l’un des émirs relevant de Mū’nis. Al-Qâhir s’empara aussi de Bulaïq, tandis que son fils ‘Alî ibn Bulaïq prit la fuite, de même que le vizir Abû ‘Alî ibn Muqla. À sa place, on nomma Abû Ja‘far Muḥammad ibn al-Qāsim ibn ‘Ubayd Allâh au poste de vizir, au début de Sha‘bân. On le revêtit d’un khal‘ (vêtement d’honneur) et le calife ordonna l’incendie de la demeure d’ibn Muqla. Des pillages éclatèrent à Bagdad et la sédition se propagea. Al-Qâhir ordonna qu’on enferme Abû Aḥmad ibn al-Muktafî entre deux murs, qu’on scella avec des briques et du plâtre pendant qu’il était encore vivant, et il mourut ainsi.
Il envoya ensuite crier l’ordre que quiconque cacherait les fugitifs [serait mis à mort et] verrait sa maison détruite. ‘Alî ibn Bulaïq fut alors découvert et exécuté : on l’égorgea devant le calife, comme on égorgerait une brebis. On apporta sa tête dans une bassine. Al-Qâhir, de sa propre main, la présenta au père de la victime, Bulaïq. Lorsque ce dernier la vit, il se mit à pleurer, l’embrassa et la serra contre lui. Al-Qâhir ordonna aussitôt qu’on l’égorge à son tour ; il fut alors tué de la même manière. Les deux têtes furent ensuite apportées