Il comptait mille serviteurs eunuques, en dehors des Saqâliba et des fils de la Perse, de Byzance et du Soudan (1). Il possédait également une résidence, appelée la « Maison de l’Arbre », qui contenait une très grande quantité de meubles et de biens, comme nous l’avons mentionné en l’an trois cent cinq, lorsque l’émissaire du roi de Byzance arriva (2).
Un jour, al-Muqtadir se rendit en harraqah (bateau) et se mit à s’impatienter pour le repas. Comme on tardait à le lui apporter, il s’adressa au pilote du bateau en ces termes : « Malheur à toi ! As-tu quelque chose à manger ? » Le pilote répondit : « Oui. » Il lui présenta alors un plat de viande de chevreau, du pain grossier, quelques salaisons et d’autres mets. Le calife trouva cela à son goût. Puis il l’appela de nouveau et dit : « As-tu quelque douceur ? Car je ne me sens jamais rassasié sans un dessert. » Le pilote répondit : « Ô Commandeur des Croyants, chez nous la douceur, ce sont les dattes et la kissbah. » Il répliqua : « Je ne peux en manger. » On finit par lui apporter son repas habituel, dont il mangea, puis on lui servit les pâtisseries ; il en mangea et en offrit aussi aux mariniers. Il ordonna ensuite de disposer chaque jour, pour une somme d’environ deux cents dirhams, des douceurs à bord de la harraqah, afin d’en profiter lorsqu’il monterait sur le bateau (et si cela ne se produisait pas, elles resteraient alors pour le pilote) (3). Ainsi, le pilote en bénéficia à longueur de jours, pendant plusieurs années, sans que jamais al-Muqtadir ne remonte sur cette embarcation.
L’un des proches d’al-Muqtadir voulut un jour célébrer la circoncision de son fils ; il organisa alors des fastes extraordinaires, puis demanda à la mère du calife la faveur d’emprunter le « village » d’argent qui avait été utilisé pour la circoncision d’al-Muqtadir, afin que la foule puisse l’admirer en cette grande occasion. Elle intercéda habilement auprès d’al-Muqtadir, qui le lui accorda définitivement. Il s’agissait d’une maquette reproduisant un village tout entier en argent – ses maisons, ses habitants, ses bœufs, ses moutons, ses chameaux, ses chevaux, sans oublier les arbres, les récoltes, les fruits, les rivières et tout ce qui se trouve dans un véritable village – le tout finement sculpté en argent. De plus, il ordonna que l’on transfère son festin (4) dans la demeure de cet homme et qu’il n’ait, pour tout effort de restauration, à fournir que du poisson frais. Celui-ci en acheta pour trois cents dinars. Ce jour-là, al-Muqtadir dépensa en tout mille cinq cents dinars pour son festin (5).
Il était très généreux dans l’aumône et faisait beaucoup de bien aux gens des Lieux Saints et à ceux investis de fonctions religieuses. Il accomplissait souvent des prières surérogatoires, jeûnait et adorait Dieu avec assiduité, tout en cédant volontiers à ses désirs et en se soumettant aux préférences de ses favorites (6). Il changeait fréquemment d’avis concernant les nominations et les destitutions. Il persévéra dans cette attitude jusqu’à ce qu’il fût tué par Mûnès l’Eunuque, comme nous l’avons déjà relaté : il mourut devant la porte ash-Shammâsiyyah, deux nuits avant la fin de Shawwâl de cette même année – c’est-à-dire l’an trois cent vingt – à l’âge de trente-huit ans et un mois.