Que Dieu vous maudisse ! Vous l’avez tué ! Par Dieu, nous allons tous être tués. Puis il enfourcha sa monture et se tint devant la demeure du califat pour qu’elle ne fût pas pillée. C’est alors qu’Abd al-Wahid ibn al-Muqtadir, Haroun ibn Gharib et les deux fils de Ra’iq prirent la fuite vers al-Mada’in. L’acte de Mu’nis incita les chefs des provinces éloignées à s’enhardir contre les califes et accéléra grandement l’affaiblissement du pouvoir califal, en raison aussi des extravagances qu’al-Muqtadir s’autorisait : dilapider les fonds, se laisser gouverner par les femmes, et renvoyer les vizirs à répétition.
On raconte même que la somme totale qu’il dépensa dans des voies déraisonnables et dans la prodigalité atteignit près de quatre-vingts millions de dinars. Voici la biographie (tarjama) de l’émir des croyants al-Muqtadir bi-llah :
(1) Il s’agit de Jaʿfar, commandeur des croyants, al-Muqtadir bi-llah, fils de l’émir des croyants al-Muʿtaḍid bi-llah, Aḥmad ibn Abī Aḥmad al-Muwaffaq ibn Jaʿfar al-Mutawakkil [ʿalā Allāh],
(2) fils de Muḥammad al-Muʿtaṣim, fils de Hārūn al-Rashīd, fils de Muḥammad al-Mahdī, fils de ʿAbd Allāh Abī Jaʿfar al-Manṣūr, fils de Muḥammad, fils de ʿAlī, fils de ʿAbd Allāh ibn al-ʿAbbās. Sa kunya (surnom) est Abū al-Faḍl al-ʿAbbāsī.
Il naquit un vendredi soir, huit jours avant la fin du mois de Ramaḍān de l’an 282. Sa mère était une concubine affranchie (umm walad) nommée Shaghab, laquelle fut ensuite surnommée « as-Sayyida » (la Dame) au cours du califat de son fils. Il reçut l’allégeance pour le califat après son frère al-Muktafī, le dimanche 14 Dhu al-Qaʿda de l’an 295, alors qu’il n’avait que treize ans, un mois et quelques jours. C’est pour cela que l’armée voulut le déposer en Rabiʿ al-Awwal de l’an 296, avançant comme prétexte sa jeunesse et son défaut de majorité, et proclamer ʿAbd Allāh ibn al-Muʿtazz, mais la tentative échoua, et l’affaire avorta dès le lendemain, comme nous l’avons déjà mentionné (3).
Puis, au mois de Muḥarram de l’an 317, Mu’nis le convoqua ; les émirs et commandants se réunirent et l’obligèrent à abdiquer. Ils amenèrent alors son frère Muḥammad ibn al-Muʿtaḍid, lui prêtèrent serment de calife et l’appelèrent al-Qāhir. Mais cela ne dura que deux jours avant qu’al-Muqtadir ne fût rétabli dans ses fonctions, ainsi que nous l’avons raconté (4).
Al-Muqtadir bi-llah était un homme de taille moyenne, au visage et aux yeux beaux, aux larges épaules, doté d’une jolie chevelure, le visage rond et un teint légèrement rosé. De constitution agréable, il avait déjà les tempes et la barbe grisonnantes. Il était généreux, loué pour sa bienfaisance, et l’on dit de lui qu’il avait un bon intellect, une grande perspicacité et un esprit sain. Il vivait cependant dans un grand isolement, dépensaitsans compter et avait accru l’apparat du califat et toutes les marques de la souveraineté. Or, tout ce qui augmente finit par décroître. Il possédait dans son palais onze