Muʾnis entra à Mossoul, et les armées affluèrent vers lui de toutes parts pour se rallier à son autorité, car il avait auparavant témoigné de la bienveillance à leur égard, qu’ils fussent de Bagdad, du Shām, d’Égypte ou issus des tribus arabes. Ainsi, il se retrouva à la tête de puissantes troupes.
Quant au vizir al-Ḥusayn ibn al-Qāsim, sa trahison et son incapacité apparurent au grand jour, si bien qu’al-Muqtadir le destitua au mois de Rabīʿ al-Ākhir (de cette année) et le remplaça par al-Faḍl ibn Jaʿfar ibn Muḥammad ibn al-Furāt, qui fut le dernier des vizirs d’al-Muqtadir.
Muʾnis s’établit à Mossoul pendant neuf mois, puis, au mois de Shawwāl, il partit à la tête de ses armées en direction de Bagdad afin de réclamer à al-Muqtadir la solde des troupes ainsi que leur rétablissement dans leurs droits. Il avança – après avoir envoyé devant lui des éclaireurs – jusqu’à arriver à la porte de Shammāsiyya, aux abords de Bagdad. Là, Ibn Yāqūt et Hārūn ibn Gharīb vinrent à sa rencontre, bien que cela fût à contrecœur. On conseilla alors au calife d’emprunter à sa mère ce qui permettrait de subvenir aux besoins des troupes, mais il répondit : « Il ne lui reste plus rien. »
Le calife songea à fuir jusqu’à Wāsiṭ, laissant Bagdad à Muʾnis en attendant que les affaires de la population se rétablissent, puis à y revenir ultérieurement. Cependant, Ibn Yāqūt le dissuada de cette idée et l’exhorta à faire face à Muʾnis et à ses compagnons, disant que si ceux-ci voyaient le calife, ils se rallieraient tous à lui, abandonnant Muʾnis. Le calife partit alors, bien qu’à contrecœur, suivi par les juristes portant des exemplaires ouverts du Coran, revêtu du burda et entouré par la population. Il s’arrêta sur une colline élevée, à bonne distance de la bataille.
On proclama dans son armée : « Celui qui rapportera une tête recevra cinq dinars, et celui qui ramènera un prisonnier en recevra dix. » Ses émirs l’enjoignirent ensuite à avancer vers le champ de bataille, mais il s’y refusa dans un premier temps. Ils insistèrent tant et si bien qu’il s’y rendit après de vives réticences. À peine approchait-il que déjà ses troupes s’étaient débandées et s’enfuyaient, ne se souciant plus de lui ni ne faisant demi-tour pour lui.
Le premier qui l’atteignit parmi les émirs de Muʾnis fut ʿAlī ibn Bulaïq. Lorsqu’il vit le calife, il mit pied à terre, baisa la terre devant lui et dit : « Que Dieu maudisse celui qui t’a conseillé de sortir aujourd’hui ! » Il le confia alors à un groupe de Berbères du Maghreb, qui, sitôt seuls avec lui, tirèrent leurs armes contre lui. Le calife leur dit : « Malheur à vous ! Je suis le calife. » Ils répliquèrent : « Nous te connaissons, misérable ! Tu n’es que le calife du Diable. N’as-tu pas proclamé dans ton armée : “Celui qui rapportera une tête aura cinq dinars” ? »
L’un d’eux lui porta un coup d’épée sur l’épaule, le faisant tomber à terre ; un autre l’égorgea. Ils abandonnèrent sa dépouille après l’avoir dépouillée de tout, jusqu’à son pantalon, si bien qu’il resta nu, gisant face contre terre, jusqu’à ce qu’un homme vînt couvrir sa nudité avec des herbes, l’enterra sur place et effaça toute trace de sa tombe.
Par la suite, les Berbères exhibèrent la tête d’al-Muqtadir au bout d’une perche, en le maudissant. Quand ils l’apportèrent à Muʾnis — qui n’était pas présent lors de l’affrontement — et qu’il la vit, il se frappa la tête et le visage en s’écriant : « Malheur à vous ! Je ne vous avais pas ordonné cela. »