Puis arriva l’année trois cent vingt (1). Au cours de celle-ci, le calife al-Muqtadir bi-llāh fut tué. La cause en fut que Mūnis al-Khādim, mécontent du calife à propos de ses Mamelouks et de ses proches, quitta Bagdad au mois de Muḥarram de cette année pour se diriger vers Mossoul. En chemin, il renvoya son émissaire Bushrā au calife afin d’être informé (2) de ses intentions et lui fit porter un message à l’intention du Commandeur des croyants (3), où il le réprimandait sur certains points.
À son arrivée, le vizir al-Ḥusayn ibn al-Qāsim – l’un des plus grands ennemis de Mūnis – exigea qu’il lui remette le message, mais Bushrā refusa de le livrer à quiconque si ce n’est au calife en personne. Conduit devant le calife, celui-ci ordonna qu’il le transmette au vizir. Bushrā s’y opposa, disant : « Mon maître ne m’a pas chargé de cela. » Le vizir l’injuria alors, insulta Mūnis (4), ordonna qu’on le batte et qu’on le condamne à une amende de trois cent mille dinars. Il le contraignit ensuite à reconnaître cette dette par écrit et fit piller sa demeure.
Le vizir décréta également la confiscation des concessions (iqṭāʿ) et des biens appartenant à Mūnis et à ses compagnons, tirant de cette saisie un profit considérable. La position du vizir s’éleva aussitôt aux yeux du calife, qui lui attribua le titre d’« ʿAmīd ad-Dawla », et fit frapper son nom sur les dirhams et les dinars. Devenu très puissant, le vizir démit et nomma à son gré, accordant ou retirant les faveurs, et se réjouit un temps de sa réussite. Il envoya ensuite chercher Hārūn ibn Gharīb al-Khāl (5) et Muḥammad ibn Yāqūt pour les amener à la Cour à la place de Mūnis.
Quant à Mūnis, surnommé al-Muẓaffar, il poursuivit sa marche vers Mossoul. Il déclara aux émirs bédouins que le calife l’avait investi du gouvernement de Mossoul et du Diyār Rabīʿa. Un grand nombre d’entre eux (6) se rallièrent à lui, et il dépensa d’importantes sommes pour les entretenir, d’autant plus qu’il leur avait auparavant rendu de grands services. Cependant, le vizir écrivit aux Banū Ḥamdān – qui gouvernaient Mossoul et ses environs – pour leur ordonner de combattre Mūnis al-Khādim. Ils marchèrent donc contre lui à la tête de trente mille hommes, tandis que Mūnis n’avait que huit Mamelouks et serviteurs à ses côtés ; malgré cela, il les mit en déroute. On ne dénombra parmi eux qu’un seul tué, nommé Dāwūd, réputé pour sa bravoure, et que Mūnis avait d’ailleurs élevé durant son enfance.