Il est décédé cette année, après avoir dépassé quatre-vingts ans.
Yahyā ibn Muḥammad ibn Ṣāʿid (Abū Muḥammad), affranchi d’Abū Jaʿfar al-Manṣūr, voyagea pour recueillir le hadith ; il écrivit, écouta et mémorisa, et se rangeait parmi les plus grands huffāẓ (maîtres de la préservation des traditions) et parmi les doyens des transmetteurs. Plusieurs personnalités éminentes transmirent de lui. Il est l’auteur de divers ouvrages qui témoignent de l’étendue de sa mémoire, de sa compréhension et de sa science juridique. Il mourut à Bagdad en cette même année et fut enterré à la Porte de Kufa. Il avait alors quatre-vingt-dix ans.
Al-Ḥasan ibn ʿAlī ibn Aḥmad ibn Bashshār ibn Ziyād, connu sous le nom d’Ibn al-ʿAllāf, le non-voyant, originaire de Nahrawān, était un célèbre poète. Il fut l’un des compagnons de veillée du calife al-Muʿtaḍid bi-llāh. Il composa une vibrante élégie pour un chat qui lui appartenait, lequel fut tué par ses voisins parce qu’il avait mangé les oisillons de leurs pigeons dans leurs colombiers. Cette élégie, pleine d’élégance et de finesse, aurait, dit-on, été destinée à pleurer Ibn al-Muʿtazz. Cependant, l’auteur n’osa pas l’attribuer explicitement à ce dernier devant le calife al-Muqtadir bi-llāh, après qu’il l’eut fait exécuter. Les premiers vers en sont :
« Ô chat, tu nous as quittés sans retour…
Et tu étais pour moi tel un enfant. »
L’élégie comporte soixante-cinq vers.
[Puis vint l’année 319 (de l’hégire)]
Au mois de Muḥarram de cette année, les pèlerins arrivèrent à Bagdad. Mūʾnis al-Khādim partit pour le pèlerinage cette année-là avec une armée nombreuse, par crainte des Qarmates. Les musulmans s’en réjouirent, Bagdad fut parée pour l’occasion et l’on dressa tentes et pavillons pour Mūʾnis al-Khādim. Chemin faisant, Mūʾnis al-Khādim apprit que les Qarmates le précédaient, et il détourna donc la caravane de la route habituelle.