Un autre homme sortit dans la région de Mossoul, suivi de mille hommes. Il assiégea alors les habitants de Nasibîn, qui sortirent à sa rencontre pour le combattre. Il tua cent d’entre eux et fit mille prisonniers, puis il les laissa se racheter eux-mêmes. Il imposa ensuite aux gens de la ville une contribution de quatre cent mille dirhams. On envoya alors contre lui Nâsir ad-Dawla ibn Ḥamdân, qui l’affronta, le vainquit, le captura et l’envoya à Bagdad également, louange à Dieu.
Cette année-là, le calife octroya un habit d’honneur à son fils Hârûn. Le vizir et l’armée l’accompagnèrent, et il lui confia la vice-royauté de Fârs, du Kirmân, du Sijistân et du Mukrân (1). Puis il gratifia également son fils Abû l-‘Abbâs ar-Râḍî d’un habit d’honneur, le nomma vice-roi des territoires du Maghreb, d’Égypte et de Syrie, Moynis al-Khadim étant chargé de l’administration de ces régions.
Cette année, le pèlerinage (ḥajj) fut conduit par ‘Abd as-Samî‘ ibn Ayyûb ibn ‘Abd al-‘Azîz al-Hâshimî, et les pèlerins partirent avec une escorte et une protection (2), de sorte qu’ils purent faire l’aller et le retour sans subir d’attaque de la part des Qarmates. Louange à Dieu.
[Parmi les notables qui moururent cette année] : Aḥmad ibn Isḥâq (3) ibn al-Buhlûl ibn Ḥassân ibn Sinân (4), Abû Ja‘far at-Tanûkhî, cadi ḥanafite, juste et digne de confiance, loué pour son intégrité. Il était un jurisconsulte éminent, digne de foi, ayant entendu de nombreux ḥadiths. Il ne transmit d’Abû Kuraïb qu’un seul ḥadith. Il excellait en grammaire, s’exprimait avec éloquence, composait une poésie de qualité et était réputé pour sa bonne conduite dans les jugements.
Il arriva que la dame, mère d’al-Muqtadir, constitua un waqf (fondation pieuse) et que le juge conserva un exemplaire de cet acte dans la « corbeille des jugements ». Plus tard, elle voulut révoquer ce waqf. Elle convoqua le juge et lui demanda d’apporter l’acte en question pour qu’elle puisse s’en emparer et le détruire. Lorsqu’il se présenta derrière le rideau et comprit son intention, il lui répondit : « C’est impossible, car je suis le dépositaire (des documents et des intérêts) des musulmans. Soit vous me révoquez de ma charge de juge et vous en confiez la responsabilité à quelqu’un d’autre, soit vous renoncez à cette démarche, car on ne peut procéder comme vous le désirez. »
Elle porta plainte auprès de son fils al-Muqtadir, qui intercéda auprès du juge. Ce dernier expliqua les faits. Al-Muqtadir retourna voir sa mère et lui dit : « Cet homme est de ceux dont on apprécie la présence. On ne peut ni le destituer ni se jouer de lui. » Elle fut alors satisfaite et lui envoya un message pour le remercier de son attitude. Il répondit : « Celui qui fait passer l’ordre de Dieu avant celui des hommes, Dieu le préserve de leur mal (5) [et lui accorde le meilleur d’eux (6)]. »