Puis débuta l’année trois cent dix-huit. Cette année-là, le calife al-Muqtadir bi-llāh révoqua son vizir Abū ʿAlī ibn Muqla, dont la fonction s’était prolongée deux ans, quatre mois et trois jours. Il nomma à sa place Sulaymān ibn al-Ḥasan ibn Makhlad et désigna ʿAlī ibn ʿĪsā pour exercer sa surveillance.
Au mois de Jumādā al-Ūlā de la même année, la demeure d’Abū ʿAlī ibn Muqla fut incendiée. Il y avait dépensé cent mille dinars. Les gens en pillèrent le bois ainsi que tout ce qu’ils purent y trouver, du fer, du plomb et autres objets. Le calife le frappa alors d’une amende de deux cents mille dinars.
La même année, le calife expulsa de Bagdad les fantassins qui se trouvaient dans la résidence califale, car après avoir rétabli al-Muqtadir dans son pouvoir, ils s’étaient mis à médire abondamment, allant jusqu’à dire : « Quiconque aide un oppresseur subira son joug. » Et : « Celui qui a monté l’âne sur le toit ne pourra pas l’en faire redescendre. » Le calife ordonna donc leur expulsion hors de Bagdad, et quiconque y demeurait encore fut puni. De nombreuses maisons appartenant à leurs proches furent brûlées, et certaines de leurs femmes et de leurs enfants périrent dans ces incendies. Ils quittèrent donc Bagdad dans une grande humiliation et se réfugièrent à Wāsiṭ, dont ils s’emparèrent, chassant son gouverneur. Mu’nis al-Khadim partit alors contre eux, leur infligea de rudes pertes et en tua un grand nombre, de sorte qu’ils ne purent plus jamais reconstituer leurs rangs.
En Rabīʿ al-Awwal de cette même année, le calife destitua Nāṣir al-Dawla ibn Ḥamdān du gouvernement de Mossoul. Il le remplaça par ses oncles Saʿīd et Naṣr, fils de Ḥamdān, tout en accordant à Nāṣir al-Dawla les provinces de Diyār Rabīʿa — Naṣībīn, Sinjār, al-Khābūr et Raʾs al-ʿAyn — ainsi que Mayyāfāriqīn et Arzan, moyennant un tribut qu’il devait remettre chaque année.
Au mois de Jumādā al-Ūlā, un homme appelé Ṣāliḥ ibn Maḥmūd se souleva dans la région d’al-Bawāzīj. Un groupe des Banū Mālik le rejoignit, puis il marcha sur Sinjār, l’assiégea et y pénétra, s’emparant d’une grosse somme d’argent. Il prononça alors un prêche dans lequel il exhorta et mit en garde, disant entre autres : « Nous soutenons les deux Shaykhs (Abū Bakr et ʿUmar) et nous désavouons les deux pervers, et nous ne reconnaissons pas l’essuyage sur les bottines (khuffayn). » Il continua ensuite de semer le désordre, si bien qu’on dépêcha contre lui Naṣr ibn Ḥamdān, qui l’affronta et le captura, lui ainsi que ses deux fils. On l’envoya à Bagdad, où il entra exposé à une grande humiliation.