Il se rendit en Ifriqiya, prétendit être un noble fatimide, et une grande partie des Berbères, ainsi que d’autres ignorants, le crut. Il devint alors souverain, prit possession de la ville de Sijilmāsa (1), puis fonda une cité qu’il nomma al-Mahdiyya, où il installa le siège de son pouvoir. Les Qarmates le contactaient, l’invitaient à leur cause et se réclamaient de lui. On rapporte qu’en agissant ainsi, ils ne faisaient que poursuivre des objectifs politiques et étatiques, sans pour autant croire réellement en lui (2).
Ibn al-Athīr rapporte que le Mahdī écrivit à Abū Ṭāhir al-Qarmaṭī pour le réprimander de ce qu’il avait fait à La Mecque : il avait poussé les gens à parler de leur honneur, dévoilant ainsi des secrets qu’ils cachaient, à cause de cet acte abominable commis sur place. Il lui ordonna de restituer ce qu’il avait pris et de le rendre à son lieu d’origine. Abū Ṭāhir lui répondit en exprimant son obéissance, ajoutant qu’il avait accepté ce qu’il lui avait demandé (3).
Il arriva également que certains partisans du hadith fussent faits prisonniers par ces Qarmates – qu’Allah les maudisse (4) – avant que Dieu ne leur accorde leur libération. L’un d’eux raconta (5) que son geôlier l’avait astreint aux tâches les plus pénibles (6) et le brutalisait quand il était ivre. Une nuit, alors qu’il avait trop bu, il me dit : « Que penses-tu de votre Muhammad ? » Je répondis : « Je ne sais pas. » Il reprit : « C’était un homme habile en politique. » Puis il demanda : « Que penses-tu d’Abū Bakr ? » Je répondis de nouveau : « Je ne sais pas. » Il répliqua : « C’était un homme faible et impuissant. ‘Umar était rude et grossier. ‘Uthmān était ignorant et stupide. Quant à ‘Alī, c’était un fanfaron. N’avait-il donc personne pour lui enseigner la science qu’il prétendait détenir en lui ? Ne pouvait-il en apprendre un mot à l’un et un mot à l’autre ? » Il conclut en disant : « Tout cela n’est que tromperie. » Le lendemain, il me dit : « Ne raconte à personne ce que je t’ai dit. » C’est ce qu’a rapporté Ibn al-Jawzī dans son “Al-Muntaẓam” (8).
On rapporte aussi (9) qu’un homme déclara : « J’étais dans la Mosquée sacrée le jour où l’on arracha la Pierre Noire (10), lorsqu’un individu ivre entra, monté sur un cheval. Il siffla après l’animal jusqu’à ce qu’il urine dans la Mosquée, à l’endroit réservé au tawāf, puis il attaqua un homme qui se trouvait près de moi et le tua. Ensuite, il cria d’une voix forte : “Ô bande d’ânes (11) ! N’affirmez-vous pas, au sujet de cette Maison, ‘Et quiconque y entre est en sécurité’ (cf. Al ‘Imrān : 97) ? Où est donc la sécurité ?” Je lui ai alors dit : “Entends-tu…” »