Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

La mère d’al-Muqtadir bi-llah possédait six cent mille dinars (600 000). (1) Elle les avait enterrés dans une tombe sur son domaine, mais on les transféra au trésor public (Bayt al-Mal). Al-Muqtadir, sa mère, sa tante maternelle et ses concubines furent expulsés de la demeure califale, après que celle-ci eut été assiégée. Les gardes et les domestiques qui s’y trouvaient prirent la fuite. Nâzûk obtint la fonction de chambellan (ḥâjib), en plus de la police qu’il dirigeait déjà. On contraignit alors al-Muqtadir à écrire de sa propre main un acte d’abdication, devant témoins, rassemblant plusieurs émirs et notables (2). Il remit cet acte au cadi Abû ‘Umar Muḥammad ibn Yûsuf, qui dit à son fils Abû l-Ḥusayn (3) : « Conserve ce document et ne le montre à quiconque, sous aucun prétexte. » Lorsque, deux jours plus tard, al-Muqtadir fut rétabli dans le califat, le cadi lui rendit l’acte, et le calife le remercia vivement avant de le nommer juge suprême (qāḍī al-quḍāh).

Le dimanche 16 de Muḥarram, al-Qâhir bi-llah s’assit sur le trône, investi du califat. À ses côtés se trouvait le vizir Abû ‘Alî ibn Muqlah. Il envoya des missives aux gouverneurs des provinces pour leur annoncer que le califat revenait désormais à al-Qâhir, en remplacement d’al-Muqtadir. Il fit libérer ‘Alî ibn ‘Isâ de prison et augmenta les concessions (iqṭâ‘) de plusieurs émirs qui l’avaient soutenu, parmi lesquels Abû l-Hayjâ’ ibn Ḥamdân.

Le lundi, les soldats réclamèrent leurs soldes. Mécontents, ils se précipitèrent vers Nâzûk et le mirent à mort ; il était alors enivré. Ils exhibèrent ensuite son cadavre en place publique. Le vizir et les chambellans prirent la fuite. On se mit à scander : « Ô Muqtadir, à la victoire ! » Or Mû’nis n’était pas présent ce jour-là. Les troupes se rendirent à sa porte, exigeant qu’il leur livre al-Muqtadir. Il ferma sur-le-champ, et ses serviteurs défendirent les lieux (4). Quand Mû’nis comprit qu’il lui fallait abandonner al-Muqtadir, il ordonna à ce dernier de se présenter. Le calife hésita, craignant un piège, puis finit par se risquer dehors. Les soldats le portèrent alors sur leurs épaules jusqu’à la demeure califale.

Al-Muqtadir demanda aussitôt où se trouvaient son frère al-Qâhir et Abû l-Hayjâ’ ibn Ḥamdân afin de leur rédiger une lettre de sûreté. Peu de temps après, un serviteur arriva, tenant la tête d’Abû l-Hayjâ’ qu’il venait de trancher ; il la prit entre ses épaules pour la présenter au calife. Al-Muqtadir entra et s’assit sur le trône. Il fit convoquer al-Qâhir, le fit asseoir en face de lui et le rapprocha ; puis il l’embrassa entre les deux yeux en disant : « Ô mon frère, tu n’as rien fait de mal ; je sais que tu as seulement été contraint. » Al-Qâhir répétait : « Au nom de Dieu, moi-même, épargne-moi, ô Commandeur des croyants ! » Al-Muqtadir déclara : « Par le Prophète, il ne sortira jamais aucun mal de moi envers toi. » Ibn Muqlah reprit alors sa plume pour informer à nouveau les provinces du rétablissement d’al-Muqtadir (6).

L’ordre des choses revint à son état initial à Bagdad, et al-Muqtadir fut fermement rétabli dans le califat. La tête de Nâzûk fut apportée en trophée.

(1) Entre deux parenthèses de (T). Il est dit : "Ils ont pris à la mère d'al-Muqtadir cinq cent mille dinars." (2) Entre deux parenthèses de (T). (3) Dans (T) il y a "al-Husayn", ce qui est une erreur. (4) C'est-à-dire "celui qui défend". Voir al-Lisān (Ḥajf). (5) Dans (T) : "al-Muqtadir eut peur." (6) Entre deux parenthèses de (T).
لأمِّ المقتدر بالله ستمئة ألف دينار، [وكانت] (١) قد دفنتها في قبر بتربتها، فحُمِلَتْ إلى بيت المال. وأُخرج المقتدر وأمه وخالته وخواصُّ جواريه من دار الخلافة، وذلك بعد محاصرة دار الخلافة، وهَرَب منْ كان بها من الججبة والخدم منها، وولي نازوك الحجوبة مضافًا إلى ما بيده من الشرطة، وأُلزم المقتدر بأن كتب على نفسه كتابًا بالخلع من الخلافة، وأشهد على نفسه بذلك جماعة من الأمراء [والأعيان] (٢) ، وسلَّم الكتاب إلى القاضي أبي عمر محمد بن يوسف، فقال لولده أبي الحسين (٣) : احتفظ بهذا الكتاب، فلا ترينَّه أحدًا من خلق الله. ولما أُعيد المقتدر إلى الخلافة بعد يومين ردَّه إليه، فشكره على ذلك جدًّا، وولَّاه قضاء القُضَاة. ولما كان يوم الأحد السادس عشر من المُحرَّم جلس القاهر باللّه في منصب الخلافة، وجلس بين يديه الوزير أبو علي بن مُقْلة، وكتب إلى العمال بالآفاق يخبرهم بولاية القاهر باللّه الخلافة عوضًا عن المقتدر، وأطلق عليَّ بن عيسى من السجن، وزاد في إقطاع جماعةٍ من الأمراء الذين قاموا بنصره، منهم أبو الهيجاء بن حَمْدان. ولما كان يوم الإثنين جاء الجند، وطلبوا أرزاقهم وشغبوا، وسارعوا إلى نازوك فقتلوه، وكان مخمورًا، ثم صلبوه. وهرب الوزير والحَجَبة، ونادوا: يا مقتدر يا منصور. ولم يكن مؤنس يومئذٍ هناك، وجاءت الجنود إلى بابه يطالبونه بالمقتدر، فأغلق بابه، وحاجف (٤) دونه خَدَمه. فلما رأى مؤنس أنه لابد من تسليم المقتدر إليهم أمره بالخروج، فخاف (٥) أن يكون حيلة عليه، ثم تجاسر فخرج، فحمله الرجال على أعناقهم حتى أدخلوه دار الخلافة، فسأل عن أخيه القاهر وأبي الهيجاء بن حمدان ليكتب لهما أمانًا، فما كان عن قريبٍ حتى جاءه خادم ومعه رأس أبي الهيجاء قد احتَّزه وأخرجه من بين كتفيه، وجاء المقتدر باللّه فجلس في الدست، واستدعى بالقاهر، فاجلسه بين يديه واستدناه إليه، وقبَّل بين عينيه، وقال: يا أخي أنت لا ذنب لك، وقد عَلِمْتُ أنك قهرت. والقاهر يقول: اللّه اللّه! نفسي نفسي يا أمير المؤمنين. فقال: وحَقّ رسول اللّه لا جرى عليك مني سوء أبدًا. وعاد ابن مقلة فكتب إلى الآفاق يعلمهم بعود المقتدر [إلى الخلافة] (٦) . وتراجعت الأمور إلى حالها الأوَّل ببغداد، واستقر المقتدر في الخلافة، وحُمِلَ رأس نازوك
(١) ما بين حاصرتين من (ط). وفيها: وأخذوا لأم المقتدر خمسمئة ألف دينار. (٢) ما بين حاصرتين من (ط). (٣) في (ط) الحسين، وهو خطأ. (٤) أي دافع. اللسان (حجف). (٥) في (ط): فخاف المقتدر. (٦) ما بين حاصرتين من (ط).

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