Al-Bazzâr a rapporté, par le biais de la chaîne de transmission composée de Mubârak ibn Fadâlah, de ‘Ubayd Allâh, de Sa‘îd al-Maqbûrî, d’Abû Hurayra, que le Prophète (ﷺ) a tenu un propos semblable (1). Il est également dit que Muhammad ibn ‘Ajlân l’a rapporté de Sa‘îd al-Maqbûrî (2). Et qu’il fut aussi rapporté par Qatâda, d’après Sa‘îd ibn al-Musayyib, d’Abû Hurayra, au nom du Prophète (ﷺ) (3).
Le sens visé ici est le suivant : alors qu’ils entraient par la porte de la cité, ils reçurent l’ordre d’y pénétrer en se prosternant (sujjadan), c’est-à-dire en s’inclinant de manière humble et reconnaissante envers Dieu (– Exalté soit-Il –) pour la grande conquête qu’Il leur avait accordée, comme Il le leur avait promis. De plus, il leur fut demandé de prononcer en entrant : « Hittah », c’est-à-dire : « Allège-nous de nos fautes passées », allusion à leurs manquements antérieurs. C’est pourquoi, lorsque le Messager de Dieu (ﷺ) entra dans La Mecque le jour de la conquête, il y pénétra en chevauchant sa chamelle, plein d’humilité, de louange et de gratitude envers Dieu (– Exalté soit-Il –), au point que le bout de sa barbe effleurait presque la partie antérieure de sa selle tant il inclinait la tête en signe de soumission à Dieu (– Exalté soit-Il –). Derrière lui se trouvaient les troupes et les armées, dont on ne voyait pratiquement que le blanc des yeux, tout particulièrement la phalange verte où se tenait le Messager de Dieu (ﷺ). Après son entrée, il fit ses ablutions, puis il accomplit huit unités de prière, dite « prière de remerciement » (selon l’opinion la plus probable des savants), pour exprimer sa reconnaissance de la victoire. Il a néanmoins été avancé par certains qu’il s’agissait de la prière du Dhohâ (prière surérogatoire effectuée en matinée), en raison de l’heure à laquelle elle fut accomplie.
Quant aux Banû Isrâ’îl, ils contredirent, aussi bien par leurs paroles que par leurs actes, ce qui leur avait été ordonné. Ils pénétrèrent dans cette porte en se traînant sur leurs postérieurs et en clamant : « Ḥabbah fî sha‘rah » (un grain dans un cheveu), selon une version, ou « Ḥinṭah fî sha‘rah » (un grain de blé dans un cheveu), selon une autre. En somme, ils déformèrent l’ordre qui leur avait été donné et s’en moquèrent. C’est ce dont Dieu (– glorifié soit Sa majesté –) témoigne dans la sourate Al-A‘râf, à caractère mecquois :
« Et [rappelez-vous] lorsque fut dit : “Habitez cette cité et mangez de ce qu’elle vous offre où que vous le vouliez, et dites : ‘Hittah’ et entrez par la porte en vous prosternant, Nous vous pardonnerons vos péchés. Nous accorderons davantage aux bienfaisants. (161) Mais les injustes parmi eux changèrent la parole qui leur avait été dite par une autre. Nous envoyâmes alors du ciel un châtiment sur eux pour prix de leurs injustices.” » [Al-A‘râf, 7 : 161-162].
Dieu (– glorifié soit Sa majesté –) s’adresse à eux dans la sourate Al-Baqara, de caractère médinois :
« Et [rappelez-vous] lorsque Nous dîmes : “Entrez dans cette cité et mangez librement de ce qu’elle vous offre où que vous le vouliez. Entrez par la porte en vous prosternant et dites : ‘Hittah’, Nous vous pardonnerons vos fautes et Nous accorderons davantage à ceux qui font le bien. (58) Mais ceux qui étaient injustes parmi eux changèrent la parole qui leur avait été dite par une autre. Nous avons alors fait descendre sur les injustes un châtiment du ciel, pour prix de leur perversité.” » [Al-Baqara, 2 : 58-59].
Sufyân ath-Thawrî rapporte d’Al-A‘mash, qui le tenait d’Al-Minhâl ibn ‘Amr, lui-même de Sa‘îd ibn Jubayr, d’Ibn ‘Abbâs (qu’Allâh l’agrée) au sujet de la parole de Dieu (– glorifié soit Sa majesté –) : « Entrez par la porte en vous prosternant » : « Inclinez-vous (ruku‘) en passant par une porte étroite. » Ce hadith a été rapporté par Al-Hâkim, Ibn Jarîr et Ibn Abî Hâtim. Une telle explication est également rapportée par ‘Alî Al-‘Awfî, d’après Ibn ‘Abbâs, et par Sufyân ath-Thawrî de la part d’Ibn Isḥâq, d’après Al-Barâ’.
Mujâhid, As-Suddî et Ad-Daḥḥâk affirment que cette porte était celle dite « Ḥittah », se trouvant dans la maison (Bayt) d’Iliyâ, à Bayt al-Maqdis (Jérusalem).