Ils bénéficient d’une filiation, comme l’ont explicitement mentionné plusieurs grands savants, ainsi que cela sera détaillé et éclairci en son lieu, si Dieu le veut (1).
Au cours de cette année, une inimitié éclata entre Muʾnis al-Khādim et al-Muqtadir. La cause en fut que Nāzūk, émir de la police, eut un différend avec Hārūn ibn Gharīb — fils de la tante maternelle (khāla) d’al-Muqtadir —, et Hārūn triompha de Nāzūk. Le peuple colporta alors la nouvelle selon laquelle Hārūn deviendrait « émir des émirs ». Parvenu aux oreilles de Muʾnis al-Khādim, qui se trouvait alors à ar-Raqqah, il s’empressa de revenir à Bagdad, rencontra le calife et se réconcilia avec lui. Ensuite, le calife transféra Hārūn à la résidence califale, ce qui accrut l’hostilité entre les deux hommes. Un groupe d’émirs se rallia à Muʾnis, et des messagers furent échangés entre eux à plusieurs reprises, si bien que l’année se termina dans les mêmes conditions. Tout cela témoignait de la fragilité des affaires, de leur désordre, ainsi que de la multitude et de la propagation des troubles.
Cette même année, al-Ḥasan (2) ibn al-Qāsim, le daʿī ʿalawite, maître de Ray, fut tué par le chef du Daylam et leur sultan à cette époque, Mardāwīj le criminel — qu’Allah le défigure (3).
[Parmi les notables qui décédèrent cette année-là figurait]
Bunān ibn Muḥammad ibn Ḥamdān ibn Saʿīd (4), Abū al-Ḥasan, l’ascète, connu sous le nom de « al-Ḥammāl ». Il transmit des ḥadiths de Ḥasan ibn ʿArafah et on citait son ascétisme comme un exemple. Il fut gratifié de nombreux prodiges et revêtait une grande estime aux yeux des gens, sans jamais accepter quoi que ce fût de l’autorité. Un jour, il blâma chez Ibn Ṭūlūn quelque acte répréhensible et l’incita au bien. Sur ce, Ibn Ṭūlūn ordonna qu’on le jette devant un lion, lequel ne fit que le humer sans l’attaquer. On le retira donc d’auprès de l’animal, et les gens l’honorèrent alors davantage encore. Certains lui demandèrent :
« Dans quel état te trouvais-tu lorsque tu étais face au lion ? »
Il répondit :
« Je n’étais nullement inquiet : je me demandais simplement si la salive des fauves (5) est pure ou impure. »
On raconte aussi qu’un homme vint le voir en disant : « Il y a un individu qui me doit cent dinars ; j’ai perdu la preuve écrite de cette dette et je crains qu’il ne la renie. Je te demande donc de prier pour moi (6). » Bunān lui répondit : « Je suis un vieil homme (7), et j’aime les douceurs. Va donc m’en acheter… »