Il incita alors ses compagnons et lança avec eux une charge déterminée, ce qui mit en déroute l’armée du calife. Ils capturèrent Yûsuf ibn Abî al-Sâj (émir de l’armée) (1) et tuèrent une multitude de soldats du calife, puis s’emparèrent de Koufa. La nouvelle parvint à Bagdad, et l’on colporta que le Qarmate comptait marcher sur Bagdad pour la conquérir. Les musulmans en furent alarmés et crurent à la véracité de cette rumeur.
Le vizir se présenta au calife et dit : « Ô Commandeur des croyants, c’est pour combattre les ennemis de Dieu que l’on thésaurise les fonds. Depuis l’époque des Compagnons, jamais événement plus grave que celui-ci n’est survenu : ce mécréant a coupé la route du pèlerinage et continue de massacrer fréquemment les musulmans. Or, le Trésor public est vide. Crains Dieu, ô Commandeur des croyants, et adresse-toi à la Dame — c’est-à-dire ta mère : si elle possède un trésor qu’elle avait épargné pour un moment de grande difficulté, c’est le moment de le mobiliser. »
Le calife alla donc voir sa mère ; c’est elle qui prit l’initiative et lui offrit cinq cent mille dinars. Le Trésor public contenait une somme équivalente ; le calife les remit au vizir afin de financer l’expédition contre les Qarmates. Le vizir équipa alors une armée forte de quarante mille hommes, sous le commandement d’un émir nommé Bulayq (2). [Il marcha contre eux et, lorsqu’ils l’apprirent] (3), ils lui barrèrent les routes. Il comptait pénétrer dans Bagdad, mais dès le choc des deux armées, celle du calife fut aussitôt mise en déroute — nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous retournons.
Yûsuf ibn Abî al-Sâj (4), quant à lui, était détenu parmi eux dans une tente, observant le lieu de la bataille. Lorsque le Qarmate revint, il lui lança : « Tentais-tu de t’enfuir ? » Puis il ordonna qu’on lui coupe la tête. Après cela, le Qarmate quitta les abords de Bagdad pour se rendre à al-Anbâr, puis gagna Hît. Les habitants de Bagdad, tout comme le calife, sa mère et le vizir, firent de nombreuses aumônes en signe de gratitude pour avoir été épargnés de ce fléau. Rendons grâce à Dieu et louange à Lui.
Au cours de cette même année, al-Mahdî — qui prétendait descendre des Fâtimides et s’était manifesté au Maghreb — envoya son fils Abû al-Qâsim à la tête d’une armée (5). Celle-ci fut mise en déroute et de nombreux hommes parmi ses partisans furent tués. Durant cette année également, ledit al-Mahdî ordonna la fondation de sa ville al-Muhammadiyya (6).
Cette année-là, ‘Abd al-Rahmân ibn al-Dâkhil al-Umawî (7) assiégea la ville de Tulaytula (Tolède). Ses habitants étaient musulmans, mais ils violèrent leur pacte. Il s’en empara par la force et exécuta un grand nombre d’entre eux.
Parmi les notables décédés cette année figurait Ibn al-Jassâs al-Jawharî (8), al-Husayn ibn ‘Abd Allâh ibn al-Jassâs, surnommé al-Jawharî, Abû ‘Abd Allâh al-Baghdâdî.