Il s’en alla de devant lui avec honneur et respect. Al-‘Abbās ibn al-Muqtadir, le vizir ‘Alī ibn ‘Īsā et Naṣr le ḥājib montèrent à cheval à son service pour lui faire leurs adieux, tandis que les grands des émirs, tels les chambellans, le précédaient. Son départ eut lieu un jour mémorable, lorsqu’il se mit en route vers les frontières pour combattre les Byzantins – que Dieu lui accorde la victoire sur eux et le soutienne.
Au mois de Jumādā al-Awwal de cette même année, on arrêta un étrangleur qui avait tué un grand nombre de femmes, car il prétendait maîtriser l’art du charme et de l’astrologie. Des femmes se rendaient donc chez lui à cette fin. Lorsqu’il se retrouvait seul avec l’une d’elles, il l’approchait et l’étranglait avec une corde – aidé en cela par sa propre épouse – puis creusait un trou dans sa maison pour l’enterrer. Quand la demeure se remplissait de dépouilles, il la quittait pour s’établir ailleurs. Lorsqu’il fut enfin découvert, on trouva dans sa maison dix-sept femmes qu’il avait étranglées. On inspecta ensuite les autres logements où il avait résidé et l’on constata qu’il avait tué bien d’autres femmes. On le fouetta de mille coups, puis on le crucifia vivant jusqu’à ce que mort s’ensuive. Qu’il soit honni de Dieu.
Apparition des Daylamites
Cette année-là vit l’émergence des Daylamites au pays de Rayy. Ils avaient parmi eux un roi qui prit le pouvoir, appelé Mardāwīj. Il siégeait sur un trône d’or, avec devant lui un trône d’argent, et il proclamait : « Je suis Salomon fils de David. » Il se comporta d’une manière extrêmement néfaste à l’égard des habitants de Rayy, de Qazwīn et d’Ispahan : il tuait femmes et nourrissons au berceau, s’emparait des biens des gens, et il fit preuve de la plus grande tyrannie, de dureté et d’audace envers les interdits fixés par Dieu. Les Turcs finirent par le tuer, et Dieu libéra les musulmans de son mal. Louange et gratitude à Dieu.
Cette même année, une grande bataille opposa Yūsuf ibn Abī al-Sāj à Abū Ṭāhir al-Qarmaṭī aux abords de Koufa. Abū Ṭāhir y était arrivé le premier et avait barré la route à son adversaire. Yūsuf ibn Abī al-Sāj lui écrivit alors : « Écoute et obéis, ou prépare-toi au combat le samedi neuvième de Shawwāl de cette année. » Abū Ṭāhir répondit : « Viens donc ! » et s’avança contre lui. Lorsque les deux armées se firent face, Yūsuf ibn Abī al-Sāj – qui disposait de vingt mille hommes – méprisa l’armée qarmate, forte de mille cavaliers et de cinq cents fantassins seulement. Yūsuf déclara : « Quelle valeur ont ces chiens ? » et ordonna à son secrétaire de rédiger dès avant l’affrontement un rapport de victoire destiné au calife. Mais lorsque le combat commença, les Qarmates tinrent bon avec une résistance farouche. Abū Ṭāhir Sulaymān ibn Abī Sa‘īd al-Jannābī – que Dieu le maudisse – mit alors pied à terre