On rapporta qu’on vit le Messager d’Allah (ﷺ) en rêve et qu’on lui dit : « Ô Messager d’Allah, lequel est le plus fiable dans la transmission du hadith, Manṣūr ou al-Aʿmash ? » Il répondit : « Manṣūr. » (1)
Or, on reprochait à Manṣūr de recourir au tadlīs, au point qu’ad‑Dāraquṭnī déclara : « Il pratique souvent le tadlīs, il rapporte ce qu’il n’a pas entendu et, parfois, il vole certains hadiths. »
[Puis vint l’année trois cent treize.] Ibn al‑Jawzī raconta : « Dans la nuit précédant la fin du mois de Muḥarram, un astre tomba du sud vers le nord, avant le coucher du soleil. La lumière qu’il dégagea illumina le monde, et l’on entendit un bruit semblable à celui d’un tonnerre très puissant (2). »
Au mois de Ṣafar [de la même année] (3), le calife al‑Muqtadir billāh apprit qu’un groupe de râfiḍites se réunissait dans la mosquée de Barâthâ : ils portaient atteinte à l’honneur des Compagnons, ne priaient pas la prière du vendredi, correspondaient avec les Qarmates et appelaient à suivre Muḥammad b. Ismāʿīl, qui était apparu entre Koufa et Bagdad. Ils prétendaient qu’il était le Mahdī et se déclaraient innocents d’al‑Muqtadir et de ceux qui le soutenaient. Le calife ordonna donc qu’on prenne des mesures à leur encontre et consulta les savants au sujet de cette mosquée. Ceux‑ci émirent l’avis qu’il s’agissait d’une « mosquée de dissension » (masjid ḍirār), à détruire comme on avait jadis démoli la Mosquée Ḍirār (4). On arrêta ceux qu’on put saisir et on leur infligea de sévères coups ; on proclama leur faute et le calife ordonna la destruction de la mosquée conformément à l’avis des savants. Nâzouk la détruisit et le vizir al‑Khâqânî décréta qu’on en ferait un cimetière, où l’on enterra plusieurs morts.
Les gens partirent pour le pèlerinage en dhû al‑qaʿda. Abû Ṭâhir Sulaymân b. Abî Saʿîd al‑Jannâbî, le Qarmate – qu’Allah les maudisse tous deux –, les intercepta ; la plupart rebroussèrent donc chemin vers leurs régions et ne purent accomplir le ḥajj cette année‑là. On raconte que certains obtinrent de lui un sauf‑conduit pour poursuivre leur route. L’armée du calife l’affronta, sans résultat, du fait de sa rébellion et de la vigueur de ses hommes. Les habitants de Bagdad furent saisis de crainte, et ceux du quartier occidental se réfugièrent sur la rive orientale. Le Qarmate entra dans Koufa, où il demeura six jours, prélevant sur ses habitants ce qu’il souhaitait (5–6).