En effet, lorsque le calife dépêcha des troupes à son encontre, il s’enfuit (1) et laissa la cité dévastée (2). Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous retournons.
Cette même année, al-Muqtadir destitua Hâmid ibn al-‘Abbâs et ‘Alî ibn ‘Isâ de leur fonction de vizir et rétablit Abû l-Hasan ibn al-Furât à ce poste pour la troisième fois. Il lui livra Hâmid et ‘Alî ibn ‘Isâ. Quant à Hâmid, al-Muhassin ibn al-Wazîr le garantit auprès d’al-Muqtadir contre la somme de cinq cent mille mille dinars, le prit en charge et le soumit à divers types de châtiments, lui confisquant au passage d’immenses richesses qu’on ne saurait dénombrer (3). Puis il l’envoya, sous bonne garde, à Wâsit afin de mettre la main sur ses biens et avoirs là-bas, après quoi il ordonna qu’on l’empoisonnât en chemin. On le fit périr à l’aide de poison glissé dans des œufs rôtis qu’il leur avait réclamés, et il mourut durant le mois de Ramadan de cette même année.
Pour ce qui est de ‘Alî ibn ‘Isâ, il fut condamné à payer une amende de trois cent mille dinars. D’autres scribes furent également frappés d’amendes. Le total des fonds saisis chez eux, cumulé à ce qui avait été confisqué auprès de la qahramâna en or, constituait une somme considérable de milliers de milliers de dinars, sans compter le reste (4).
Le vizir Ibn al-Furât conseilla alors au calife al-Muqtadir billâh d’éloigner de lui Mû’nis al-Khâdim, en l’envoyant en Syrie. Mû’nis venait en effet de rentrer des terres byzantines (5), ayant conquis de nombreuses contrées (6) et acquis d’immenses butins. Il demanda qu’on lui laissât jusqu’à la fin de Ramadan (7). Il avait informé le calife des pratiques du fils du vizir, qui infligeait des tortures aux gens et leur confisquait leurs biens, mais le calife finit par accéder aux propositions du vizir et envoya Mû’nis al-Khâdim en Syrie.
Cette année-là, une invasion de criquets survint, détruisant une grande partie des récoltes.
Au cours du Ramadan de cette même année (9), il ordonna de restituer les héritages restants à leurs proches. Puis, à la mi-Ramadan, on brûla à la Porte du Peuple (Bâb al-‘Âmma) l’effigie de Mânî (10) ainsi que quatre ballots de livres appartenant aux zindîqs (11). Il en tomba alors une grande quantité d’or qui les ornait.