Parmi ses vers :
« Si la gêne me frappe, mon compagnon ne s’en rend pas compte,
et lorsque je m’enrichis, mon ami s’en enrichit aussi.
Ma pudeur préserve mon honneur,
et ma douceur dans mes requêtes m’accompagne.
Si je consentais à sacrifier ma dignité,
je trouverais aisément le chemin vers la richesse. » (1)
Et parmi ses autres vers :
« Il est deux comportements que je refuse d’adopter :
l’arrogance de la richesse et l’humiliation de la pauvreté.
Si tu t’enrichis, ne deviens pas arrogant,
et si tu t’appauvris, alors défie l’adversité. » (2)
Il rendit l’âme au moment du coucher du soleil, en fin d’après-midi du dimanche, le surlendemain de la fin de Shawwâl de l’an 310 (de l’Hégire). Il avait dépassé les quatre-vingts ans de cinq ou six ans. Il conservait encore beaucoup de cheveux noirs, aussi bien sur la tête que dans la barbe. Il fut enterré dans sa propre demeure, parce que certains émeutiers parmi la populace hanbalite ne permirent pas qu’il fût inhumé en plein jour. Ils l’accusèrent d’être « râfidite » (partisan du chiisme), et certains ignorants l’accusèrent même d’impiété, qu’Allah l’en préserve ! Au contraire, il comptait bien parmi les grands imams de l’islam, par sa science du Livre de Dieu et de la Sunna de Son Messager. (3)
Ils ne colportèrent ces accusations qu’à la suite de ce qu’avait propagé Abû Bakr Muḥammad ibn Dâwud (4), lequel le dénigrait, l’accusant de fautes graves et de « râfidhisme ».
À sa mort, toute la population de la ville se réunit et pria sur lui dans sa demeure, où il fut enterré. Les gens continuèrent pendant des mois à venir prier pour lui sur sa tombe, qu’Allah lui fasse miséricorde.
J’ai vu pour ma part un ouvrage de lui en deux épais volumes, où il avait compilé les hadiths relatifs à Ghadîr Khumm (5), ainsi qu’un autre sur les différentes voies de transmission (turûq) du « ḥadîth de l’Oiseau » (6). On lui attribue également l’avis qu’il serait permis de se contenter de passer la main mouillée sur les pieds lors des ablutions (al-maṣḥ), sans obligation de les laver. C’est d’ailleurs une opinion qui lui est très souvent associée.
Certains savants affirment qu’il y aurait deux Ibn Jarîr : l’un serait chiite, à qui ils imputent ces positions, tandis qu’ils déchargent Abû Ja‘far (le nôtre) de ces attributs. En s’appuyant sur ce qu’il écrit dans son « Tafsîr », il impose bien le lavage des pieds, joignant le frottement à l’eau, mais il emploie le mot « essuyer » (masḥ) pour exprimer l’idée de frotter. Beaucoup de gens ne l’ont pas compris ainsi.