Il naquit en l’an deux cent vingt-quatre (224) de l’Hégire (1). Il avait le teint légèrement sombre, de grands yeux, un corps bien proportionné (2), une haute stature et une langue éloquente. Il transmet de nombreuses traditions issues d’un grand nombre de personnes et voyagea vers différents horizons à la recherche du hadith. Il laissa un ouvrage d’histoire imposant, un commentaire (tafsir) complet (3), ainsi que d’autres traités utiles dans les fondements et les branches du fiqh. Parmi ces ouvrages figure «Tahdhib al-Âthâr» (4), l’un de ses meilleurs écrits, bien qu’il ne l’ait pas achevé. On rapporte qu’il aurait passé quarante ans de sa vie à rédiger chaque jour quarante feuillets.
L’historien al-Hâfiz Abou Bakr al-Khatîb raconta : «Ibn Jarîr s’établit à Bagdad (5). Il fut l’un des illustres imams du savoir. Ses jugements faisaient autorité et l’on se référait à lui en raison de sa science et de son éminence. Il rassembla des connaissances auxquelles nul autre de son époque ne put prétendre. Il connaissait par cœur le Livre de Dieu, était versé dans les différentes lectures (qirâ’ât), maîtrisait les sens (du Coran), excellait en jurisprudence (fiqh) dans le domaine des jugements. Il était également savant en hadith, dans ses chaînes de transmission, et il discernait ce qui en était authentique ou faible, ce qui en était abrogeant ou abrogé. Il était familier des avis des Compagnons, des Successeurs et de ceux qui leur ont succédé, et connaissait les événements et les récits des peuples. Il est l’auteur d’un célèbre ouvrage sur l’Histoire des nations et des rois, et d’un Tafsîr dont personne n’a produit d’équivalent. Il composa aussi un livre intitulé “Tahdhib al-Âthâr”, que je n’ai vu comparable à nul autre en son genre, bien qu’il ne l’ait pas mené à terme. Il rédigea de nombreux traités et fit plusieurs choix juridiques tant dans les fondements du fiqh que dans ses ramifications. De plus, il énonça à lui seul des questions qui furent conservées de lui (6).»
Al-Khatîb ajouta : «J’ai entendu dire que le shaykh Abou Hâmid Ahmad ibn Abî Tâhir, le juriste d’Isfarayîn, affirmait : “Si un homme allait jusqu’en Chine pour se procurer l’ouvrage de tafsîr de Muhammad ibn Jarîr al-Tabarî, cela ne constituerait pas un effort excessif.” Ou des paroles en ce sens (7, 8).»
Al-Khatîb rapporta également, de la part de l’imam des imams, Abou Bakr Muhammad ibn Ishâq ibn Khuzayma, qu’il avait lu, au fil des ans, entièrement le Tafsîr d’Ibn Jarîr, du début à la fin, avant de dire : «Je ne connais, sur la face (9) de la terre, personne de plus savant qu’Ibn Jarîr. Et en vérité, on ne lui a pas rendu justice.»