Un homme chevauchait un âne sur la route de Nahrawân et déclara : « Il se peut que vous soyez comme ces gens (1) qui pensaient que j’étais l’individu frappé et mis à mort (2). Par ignorance, ils affirmaient : “Il n’a fait que tuer l’un des ennemis d’al-Hallâj.” (3) »
Certains savants de cette époque dirent : « Si cette opinion est vraie, il se peut qu’une bête, c’est-à-dire l’un des démons, soit apparue sous son aspect pour égarer les gens (4), tout comme la secte des chrétiens s’est trompée au sujet du crucifié. »
Al-Khatîb rapporta : « Il arriva que, cette année-là, le Tigre (Dijla) connut une crue considérable ; ils dirent : “Si le fleuve est monté, c’est parce que les cendres d’al-Hallâj (5) s’y sont mêlées (6).” » Et on proclama à Bagdad qu’il était interdit à quiconque d’acheter ou de vendre l’une des œuvres d’al-Hallâj (7).
Al-Hallâj fut mis à mort un mardi, six jours avant la fin de Dhû al-Qaʿda de l’an trois cent neuf (309) de l’Hégire, à Bagdad. Le qâdî Ibn Khallikân le mentionne dans son ouvrage « Al-Wafayât » et rapporte que les gens divergèrent au sujet de son cas ; il cite également qu’al-Ghazâlî, dans son « Mishkât al-Anwâr », interprétait les propos d’al-Hallâj d’une façon conforme à ce qui convient (8). Puis il informe (9) qu’après cela, l’imâm al-Ḥaramayn le critiquait, disant qu’al-Hallâj s’était entendu avec al-Jannâbî et Ibn al-Muqaffaʿ pour corrompre les croyances des gens ; ils se dispersèrent dans différentes régions, al-Jannâbî partant à Hajar et dans le Bahreïn, Ibn al-Muqaffaʿ dans les terres turques, tandis qu’al-Hallâj pénétra en Irak (10).
Ibn Khallikân déclara : « Cela ne tient pas, car Ibn al-Muqaffaʿ vécut bien avant al-Hallâj, puisqu’il vivait à l’époque d’al-Saffâḥ et d’al-Manṣûr, avant de mourir en l’an cent quarante-cinq (145) ou même avant. Peut-être l’imâm al-Ḥaramayn voulait-il parler d’al-Muqannaʿ (12) le Khurâsânî, qui prétendit à la divinité et possédait la lune (13), se nommant ʿAṭâ’ et se donnant la mort par le poison en l’an cent soixante-trois (163). Lui non plus ne put de toute façon rencontrer al-Hallâj. Et si nous souhaitions corriger les propos de l’imâm al-Ḥaramayn et mentionner… »