Autour de lui se trouvait un groupe de gouvernants (1) qui lui ressemblaient. Il s’installa donc, cette nuit-là, dans la demeure de la police, et l’on rapporta qu’il passa la nuit à prier et à formuler de longs appels (2).
Abou ‘Abd ar-Rahmân as-Soulamî raconta : « J’ai entendu Abou Bakr ash-Shâshî dire : Abou l-Hadîd – c’est-à-dire l’Égyptien (3) – déclara : “La nuit au terme de laquelle al-Husayn ibn Mansour fut mis à mort à l’aube, il se leva pour prier autant que Dieu voulut. Puis, vers la fin de la nuit, il se dressa, s’enveloppa de son manteau, tendit les mains vers la qibla et prononça des paroles dépassant ce qui pouvait être retenu en mémoire (4).” »
Alors, parmi ce dont je me souviens, il a dit : « Nous sommes Tes témoins : nous cherchons refuge dans la splendeur de Ta gloire pour que Tu manifestes ce que Tu veux de Ton affaire et de Ta volonté ; et Tu es Celui qui est Dieu au ciel et Dieu sur la terre. Tu te manifestes quand Tu le souhaites, à l’image de Ta manifestation dans Ta volonté, sous la plus belle forme. En cette forme réside l’esprit doué de science, d’expression et de pouvoir. Puis Tu as inspiré à Ton témoin présent en Ton essence la manière d’être que Tu adoptes lorsque Tu prends ma propre essence après le terme de mes retours (6), et Tu as appelé mon essence par mon essence. Tu as révélé les réalités de mes sciences et mes miracles, t’élevant par mes voies ascensionnelles jusqu’aux trônes de mes éternités premières, lorsque fut énoncé, de la part de mes créatures (7) : “J’ai été mis en présence, j’ai été tué, j’ai été crucifié et brûlé ; j’ai supporté les vents tourbillonnants, j’ai traversé les flots déchaînés, et qu’une infime étincelle de ‘Yanjûj’ remplaçant ‘Hâkoul’ (8) parmi mes épiphanies serait plus majestueuse que les plus imposantes montagnes.” »
Puis il se mit à réciter :
« Je te pleure des âmes dont le témoin a chuté…
Au-delà du lieu, là où subsiste le témoin de l’éternité (9)
Je te pleure des cœurs arrosés maintes fois…
Par les nuées de la Révélation dont les flots regorgent de sagesses
Je te pleure la langue de la Vérité qui vient de Toi et de celui…
Qui est parti, et dont le souvenir, dans l’imagination, vaut le néant
Je te pleure un exposé qui fait plier…
Les dires de tout éloquent, qu’il soit orateur ou fin connaisseur »