Les juristes se réunirent au sujet de cet homme et s’accordèrent unanimement sur son incroyance et son hérésie, affirmant qu’il était un sorcier et un charlatan. Deux hommes pieux, qui l’avaient auparavant suivi, se rétractèrent (1) : le premier était Abû ‘Alî Hârûn ibn ‘Abd al-‘Azîz al-Awârajî (2) et le second, appelé ad-Dabbâs. Ils rapportèrent nombre de ses ignominies, ainsi que toutes les turpitudes, le mensonge, la débauche, la tromperie et la sorcellerie auxquels il conviait les gens. De même, on fit comparaître l’épouse de son fils Sulaymân, qui divulgua beaucoup de ses scandales ; parmi ceux-ci, le fait qu’il voulut avoir commerce avec elle alors qu’elle dormait. Lorsqu’elle se réveilla, il lui dit : « Lève-toi pour prier », alors qu’il ne désirait en réalité que la posséder. Il ordonna aussi à la fille de celle-ci (3) de se prosterner devant lui. Elle s’exclama : « Un humain doit-il se prosterner devant un autre humain ? », et il répondit : « Oui, un Dieu au ciel et un Dieu sur terre. » Puis il lui demanda de prendre sous une natte (4) ce qu’elle souhaitait (5), et elle y trouva de nombreuses pièces d’or éparpillées (6).
Alors qu’il était détenu dans la demeure de Ḥâmid ibn al-‘Abbâs, l’un des jeunes domestiques entra auprès de lui avec un plateau de nourriture. Il découvrit alors que le prisonnier avait rempli la pièce du sol jusqu’au plafond ; frappé de terreur (7), le serviteur laissa tomber le plateau et la nourriture, puis s’en retourna fiévreux, si bien qu’il fut malade plusieurs jours (8).
Lors de la dernière audience (9), le juge Abû ‘Umar Muḥammad ibn Yûsuf fut convoqué et on amena al-Ḥallâj. On lui présenta une lettre trouvée dans l’une des demeures de ses partisans, où il était écrit : « Celui qui désire accomplir le pèlerinage sans en avoir la possibilité, qu’il bâtisse dans sa maison un lieu préservé de toute impureté et n’en laisse personne approcher. Puis, lorsque viendront les jours du pèlerinage, qu’il jeûne trois jours ; qu’il tourne autour de ce lieu comme on tourne autour de la Ka‘ba ; qu’il exécute chez lui ce que les pèlerins font à La Mecque ; et qu’il fasse ensuite venir trente orphelins pour les nourrir de sa propre subsistance. »