Il demeurait dans la demeure du sultan et figurait parmi les serviteurs de Naṣr al-Qushūrī, le chambellan. Il prétendait ressusciter les morts, et affirmait que les djinns le servaient et lui apportaient ce qu’il choisissait et convoitait (1). Il déclara aussi avoir redonné vie à plusieurs oiseaux.
On rapporta à ʿAlī ibn ʿĪsā qu’un homme nommé Muḥammad ibn ʿAlī al-Qunnāʾī (2), le scribe, adorait al-Ḥallāj et invitait les gens à faire de même. ʿAlī ibn ʿĪsā le fit donc convoquer et investit sa demeure [pour l’arrêter] (3). L’homme reconnut alors qu’il était l’un des adeptes d’al-Ḥallāj et, en fouillant sa maison, on découvrit des écrits de la main d’al-Ḥallāj, rédigés à l’encre d’or sur du papier de soie, reliés ensuite avec les cuirs les plus luxueux. On trouva également un coffret (4) contenant les déjections (5) d’al-Ḥallāj, ainsi que son urine et divers objets lui ayant appartenu, ainsi qu’un reste de pain issu de ses provisions. Le vizir demanda alors au calife al-Muqtadir l’autorisation de se prononcer sur l’affaire d’al-Ḥallāj, et celui-ci la lui confia. Le vizir convoqua un groupe de partisans d’al-Ḥallāj et, après les avoir menacés, ils lui avouèrent être convaincus qu’al-Ḥallāj était une divinité (6), qu’il ressuscitait les morts, et qu’ils lui en avaient parlé ouvertement (7). Al-Ḥallāj le nia (8), les traita de menteurs et dit : « Je demande la protection de Dieu contre toute prétention à la divinité ou à la prophétie. Je ne suis qu’un homme qui adore Dieu, je multiplie (9) les jeûnes, les prières et les bonnes actions, je n’ai pas d’autre savoir. » Il ne professait rien de plus que la double attestation et l’unicité divine, répétant souvent : « Gloire à Toi, il n’est de dieu que Toi. J’ai commis un mal et me suis fait du tort, pardonne-moi, nul ne pardonne les péchés en dehors de Toi. » Il était vêtu d’une tunique (10) noire et se trouvait entravé de treize anneaux fermés sur ses pieds, qui remontaient jusqu’à ses genoux. On rapporte qu’il priait néanmoins mille rakʿas (11) à toute heure du jour et de la nuit.
Avant que le vizir Ḥāmid ibn al-ʿAbbās ne prenne des mesures fermes à son encontre, il séjournait dans une chambre de la demeure de Naṣr al-Qushūrī, le chambellan, et pouvait y recevoir librement des visiteurs. Il se présentait tantôt comme al-Ḥusayn ibn Manṣūr, tantôt comme Muḥammad ibn Aḥmad al-Fārisī. Naṣr al-Qushūrī, séduit, le croyait pieux et le fit recevoir par le calife al-Muqtadir bi-llāh afin qu’il le soigne d’un mal dont il souffrait ; celui-ci disparut alors, par coïncidence (12), de même que celui de sa mère, la dame Umm al-Muqtadir, qui guérit. Sa renommée en sortit grandie et il gagna en prestige dans la demeure du sultan. Cependant, lorsque la rumeur grandit à son sujet, on le remit au vizir Ḥāmid ibn al-ʿAbbās, qui le fit enfermer et le mit aux fers.