Al-Khatib a dit : « Nous a informés Ibrahim ibn Makhlad, nous a informés Ismaʿil ibn ʿAli al-Khutabi (1) dans son “Histoire” : il est apparu l’affaire d’un homme connu sous le nom d’al-Hallaj, appelé al-Husayn ibn Mansur. Il se trouvait dans la prison du sultan à la suite d’accusations portées contre lui, lors du premier vizirat de ʿAli ibn ʿIsa. On rapporta à son sujet diverses formes de zandaqa (hérésie) ainsi que la mise en œuvre de ruses pour fourvoyer les gens, relevant de procédés proches de la magie et de la sorcellerie, et l’affirmation de la prophétie. Alors qu’il venait de l’arrêter, ʿAli ibn ʿIsa l’examina et transmit son affaire au sultan – c’est-à-dire al-Muqtadir bi-llah (2). Mais il ne reconnut pas les accusations portées contre lui. On le punit et on l’exposa, vivant, plusieurs jours de suite sur la place du pont, chaque matin, en proclamant publiquement ce qu’on disait de lui ; puis on le redescendait et on le remettait en prison. Il resta incarcéré de longues années, transféré de geôle en geôle (3), jusqu’à ce qu’enfin on l’emprisonnât dans la résidence du sultan. Là, il séduisit un groupe de jeunes serviteurs du sultan, les abusant par son art de la dissimulation et les gagnant à sa cause par toutes sortes de stratagèmes, si bien qu’ils le protégeaient, le défendaient et lui facilitaient la vie (4).
Par la suite, il écrivit à des fonctionnaires et à d’autres personnes à Bagdad et ailleurs. Certains répondirent à son appel, si bien qu’il alla jusqu’à prétendre, dit-on, à la divinité. On dénonça un groupe de ses partisans au sultan, qui les fit arrêter ; on trouva chez certains des lettres écrites de sa main confirmant les propos qu’on lui imputait, et certains reconnurent de vive voix ces affirmations. La rumeur enfla et beaucoup réclamèrent sa mise à mort. Le Commandeur des Croyants ordonna qu’on le livrât à Hamed ibn al-ʿAbbas et qu’on fît enquête en présence des juges (5), en le confrontant à ses disciples. Cela entraîna de longs événements jusqu’à ce que le sultan fût convaincu de sa culpabilité et prît connaissance des faits rapportés (6). Il ordonna alors qu’on le mette à mort et qu’on brûle son corps. On l’amena devant le tribunal de la police, sur la rive occidentale, le mardi sept (7) jours avant la fin de Dhu l-Qaʿda de l’an 309 de l’hégire. On le fouetta d’environ mille coups de fouet, puis on lui trancha les mains et les pieds, on lui ôta la tête et on brûla sa dépouille. Sa tête fut exposée aux yeux de tous sur le rempart du nouveau pont, ses mains et ses pieds suspendus à côté d’elle (8).
Abu ʿAbd al-Rahman Muhammad ibn al-Husayn al-Sulami a dit : « J’ai entendu Ibrahim ibn Muhammad al-Waʿiz déclarer : Abu l-Qasim al-Razi a rapporté que, selon Abu Bakr ibn Mumshad (9), un homme se présenta un jour parmi nous à al-Dinur avec un sac dont il ne se séparait jamais. »