Il est rapporté qu’un homme raconta : « J’entendais dire que Hallâj avait certains états [et des miracles]. J’ai voulu le mettre à l’épreuve, alors je suis allé le voir, je lui ai adressé mes salutations et il m’a dit : “Fais un vœu sur-le-champ.” Je lui ai répondu : “Je souhaite du poisson frais.” Il est alors entré chez lui, y est resté un moment, puis en est ressorti avec un poisson qui se débattait encore, les pieds couverts de boue. Il déclara : “J’ai invoqué Dieu, et Il m’a ordonné d’aller dans les marais (al-Baṭā’iḥ) pour te rapporter ce poisson ; j’ai traversé Ahwâz, et cette boue vient de là.”
Je lui ai dit : “Si tu le souhaites, laisse-moi entrer dans ta maison afin que je découvre la vérité sur ton affaire. Si j’y trouve quelque chose, tant mieux, sinon je croirai en toi.” Il me répondit : “Entre.” Je suis donc entré et n’ai trouvé aucune ouverture menant ailleurs. J’étais perplexe, puis j’ai remarqué un rideau (ta’zîr). En le soulevant, j’ai découvert une porte. Je suis passé par là et suis arrivé dans un vaste jardin avec de nombreux fruits, frais ou plus anciens, soigneusement préservés, ainsi qu’une abondance de nourriture prête à être consommée. Il y avait en outre un grand bassin rempli de poissons, petits et gros. J’y suis entré pour en prendre un, et mes pieds se sont couverts de boue comme les siens. Je suis ensuite retourné vers la porte et j’ai dit : “Ouvre, je crois maintenant en toi.”
Mais quand je suis sorti et qu’il m’a vu dans le même état que lui, il s’est mis à me poursuivre pour me tuer. Je l’ai frappé au visage avec le poisson en disant : “Ô ennemi de Dieu, tu m’as épuisé en cette journée.” Après m’être tiré de ce mauvais pas, il m’a croisé plus tard, s’est mis à rire et m’a dit : “Ne divulgue pas cela à qui que ce soit. Sinon, j’enverrai quelqu’un pour te tuer dans ton lit.” Il raconta enfin : “Je ne l’ai confié à [personne] avant qu’il ne fût crucifié.” »