Al-Khatîb rapporta, avec sa propre chaîne de transmission, qu’il avait appris que Dhû al-Nûn connaissait par cœur le Nom suprême de Dieu. Il se rendit donc auprès de lui pour qu’il le lui enseigne. Il raconta : « Lorsque j’arrivai, il me considéra avec mépris, parce que j’avais une longue barbe et portais avec moi un long récipient. Un jour, un homme vint débattre avec Dhû al-Nûn et le réduisit au silence. Je débattis alors moi-même avec cet homme et le fis taire à mon tour. Dhû al-Nûn se leva et s’assit devant moi, lui qui était un cheikh alors que j’étais encore jeune, et il s’excusa. Je le servis donc durant une année, puis je le priai de m’apprendre le Nom suprême. Il ne s’éloigna pas de moi et me le promit. Après six autres mois, il me remit un plateau sur lequel était posé un couvercle, le tout maintenu par un mouchoir, et me dit : “Apporte ceci à notre ami Untel.” En chemin, je me mis à réfléchir : ‘Que m’a-t-il donc fait porter ?’ Quand j’arrivai sur le pont, j’ouvris le tout et y trouvai une souris qui s’échappa aussitôt. Je fus aussitôt pris d’une grande colère et me dis : ‘Dhû al-Nûn se moque-t-il de moi ?’ Je retournai donc vers lui, très irrité. Il me dit : “Malheur à toi ! Je voulais simplement te mettre à l’épreuve : si tu n’es pas digne de confiance pour garder une souris, tu l’es encore moins pour le Nom suprême. Va-t’en et ne reviens plus jamais me voir.” »
On vit ensuite Ibn al-Husayn al-Râzî en rêve après sa mort et on lui demanda : « Qu’a donc fait Dieu de toi ? » Il répondit : « Il m’a pardonné grâce à ces mots que j’ai prononcés sur mon lit de mort : “Ô Dieu, j’ai conseillé les gens par mes paroles, mais j’ai trahi mon âme par mes actes. Pardonne-moi donc la trahison de mes actes à la lumière de la sincérité de mes propos.” »
Quant à Yamût ibn al-Muzarri‘ ibn Yamût, Abû Bakr al-‘Abdî de la tribu de ‘Abd al-Qays, c’était un Basrien, neveu maternel d’al-Jâhiz. Il se rendit à Bagdad et y transmit (le savoir) d’Abû ‘Uthmân al-Mâzinî, d’Abû Hâtim al-Sajistânî et d’Abû al-Fadl al-Riyâshî. Il était reconnu pour ses récits, sa culture littéraire et ses traits d’esprit. Il avait changé son nom en ‘Muhammad’, mais son nom originel resta le plus usité. Lorsqu’il se rendait au chevet d’un malade et frappait à la porte, on lui demandait : « Qui est-ce ? » Il répondait : « C’est Ibn al-Muzarri‘ », sans jamais mentionner son prénom, afin que l’on ne voie pas en ce nom un mauvais présage.