Cette année-là, on amena à Bagdad al-Husayn ibn Mansur al-Hallaj, bien connu, monté sur un chameau, tandis que son serviteur en chevauchait un autre. On proclamait devant lui : « Voici l’un des propagateurs qarmates, reconnaissez-le ! ». Il fut ensuite emprisonné, puis conduit devant le ministre pour qu’il débatte avec lui. On découvrit alors qu’il ne savait ni réciter le Coran, ni maîtriser le hadith, le fiqh, la langue, la tradition ni la poésie. On lui reprochait surtout d’avoir rédigé des billets appelant les gens à l’égarement et au “jihâd” à l’aide de symboles énigmatiques. Dans ses missives, il répétait souvent : « Béni soit le Maître de la lumière étincelante ». Le ministre ‘Ali ibn ‘Isa — que Dieu lui fasse miséricorde — lui dit alors : « Apprendre la purification et les obligations religieuses t’apporterait davantage que ces écrits dont tu ne comprends même pas la teneur. Combien tu as besoin d’instruction ! ». Puis il ordonna qu’on le crucifiât vivant pour l’exposer, et non pour le tuer. Après quoi on le descendit et on l’enferma dans la résidence du calife, où il se mit à se présenter comme un tenant de la sunna et un ascète. Beaucoup de serviteurs et d’autres personnes ignorantes de la résidence s’y laissèrent prendre, allant jusqu’à chercher bénédiction auprès de lui et à toucher ses vêtements. Nous verrons comment son affaire se termina, puisqu’il fut finalement exécuté à l’unanimité des fuqahâ’ et de la plupart des soufis (1).
À la fin de cette année, une grave épidémie frappa Bagdad, causant la mort d’un grand nombre de personnes, tout particulièrement dans le quartier de Harbiyya ; la plupart des maisons y furent fermées. Le pèlerinage fut dirigé par al-Fadl ibn ‘Abd al-Malik al-Hâshimî (2).
[Parmi les notables disparus cette année] : Ibrahim ibn Khalid ash-Shâfi‘î (3), qui alliait savoir et ascèse ; parmi ses élèves (4) figurait Abû Bakr al-Ismâ‘îlî. Décéda également Ja‘far ibn Muhammad (5) ibn al-Hasan (6) ibn al-Mustafâd, Abû Bakr al-Firiyâbî, juge de Dînawar. Il voyagea à travers les contrées en quête de savoir et entendit de nombreux maîtres, comme Qutayba, Abû Kurayb, ‘Alî ibn al-Madînî et Bundâr. Il transmit lui-même à Abû al-Husayn ibn al-Manâdî, an-Najjâd, Abû Bakr ash-Shâfi‘î et à une foule d’autres. Installé à Bagdad, il était jugé fiable, grand mémorisateur et autorité reconnue. Ceux qui assistaient à ses assemblées s’élevaient à près de trente mille personnes ; on comptait plus de trois cents rapporteurs répétant ses propos et près de dix mille personnes munies de leurs écritoires. Il mourut en muharram de cette année, à l’âge de quatre