Muhammad ibn Yahyā (1), surnommé Abū Saʿīd, résida à Damas. Il rapporta des traditions d’Ibrāhīm ibn Saʿīd al-Jawharī, d’Ahmad ibn Maniʿ, d’Ibn Abī Shayba et d’autres. Abū Bakra al-Naqqāsh et d’autres recueillirent également ses récits. On le surnomma « celui qui porte son linceul », et la raison en est donnée par al-Khaṭīb al-Baghdādī (2), qui déclare avoir appris que Muhammad ibn Yahyā tomba malade et fut considéré comme mort. Il fut alors lavé, enveloppé de son linceul, la prière funéraire fut accomplie sur lui, puis on l’enterra. Or, la nuit venue, un pilleur de tombes vint profaner sa sépulture. Quand il lui ôta son linceul, Muhammad ibn Yahyā s’assit aussitôt, ce qui fit fuir le pilleur, épouvanté (3). Muhammad ibn Yahyā se releva, reprit son linceul et sortit de la tombe. Il rentra chez lui et trouva sa famille en pleurs ; il frappa à la porte, mais ils se méfièrent de lui en pensant qu’il se jouait de leur douleur. Il dit : « Ouvrez, par Dieu, c’est bien moi ! » Reconnaissant sa voix, ils ouvrirent et se réjouirent grandement de son retour vivant [et Dieu changea leur tristesse en joie] (4). Il leur raconta ce qui s’était réellement passé. Il semble qu’il ait été frappé d’une « syncope » l’ayant fait passer pour mort, mais il ne l’était pas ; Dieu, dans Sa puissance et Sa capacité, envoya ce pilleur qui ouvrit sa tombe, ce qui lui permit de vivre encore quelque temps. Son décès survint finalement au cours de cette même année.
Fāṭima al-Qahramāna (5) provoqua à une occasion la colère d’al-Muqtadir, qui la dépouilla de ses biens. Parmi ceux-ci se trouvaient deux cent mille dinars. Par la suite, elle périt noyée cette même année à bord d’une « ṭayyāra » (6) qui lui appartenait.
[Puis débuta l’année trois cents de l’Hégire]
Cette année-là, le niveau du Tigre augmenta considérablement, et de fortes pluies s’abattirent sur Bagdad. Durant la nuit du mercredi, à sept jours de la fin de Jumādā al-Ākhira, on observa une profusion d’étoiles filantes.
La même année, les maladies et infirmités se multiplièrent à Bagdad. Les chiens devinrent enragés, et même les loups dans le désert s’attaquaient aux gens comme au bétail ; toute personne mordue succombait à ses blessures.
La même année encore, un pan d’une montagne située à al-Dīnawar, appelée « al-Tall », s’effondra et libéra une source d’eau considérable qui engloutit plusieurs villages.
Et cette année-là également, un fragment du Mont Liban se détacha et tomba dans la mer.