Il dit : « Il s’adressa aux gens, puis un jour, un jeune homme chrétien, sous l’apparence d’un musulman, vint à lui et lui demanda : “Quel est le sens de la parole du Prophète (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) : ‘Méfiez-vous de l’intuition (firâsa) du croyant, car il regarde avec la lumière de Dieu’(1) ?” »
Il raconta : « Je restai silencieux, puis je levai la tête vers lui et lui dis : “Deviens musulman, car le moment de ta conversion est arrivé.” Le jeune homme se convertit alors (2).
Al-Junayd dit : “Je n’ai jamais retiré profit d’une chose autant que ces vers que j’ai entendus d’une servante, qui les chantait dans une chambre” (3) :
Si je dis : ‘La rupture, en me quittant, m’a offert l’usure des afflictions’, tu réponds : ‘Sans la rupture, l’amour n’aurait pas si bon goût.’
Et si je dis : ‘Ce cœur a été consumé par la passion’, tu dis : ‘C’est par le feu de la passion que le cœur s’ennoblit.’
Et si je dis : ‘Je n’ai commis aucune faute’, elle répond : ‘Ta vie même est une faute qui ne peut se comparer à aucune autre.’
Il poursuivit : “Alors je fus saisi d’extase et je criai. Le maître de la maison sortit en disant : ‘Ô mon maître, qu’as-tu ?’ Je répondis : ‘À cause de ce que j’ai entendu.’ Il déclara : ‘Je te l’offre en cadeau.’ Je lui dis : ‘Je l’accepte. Elle est libre pour l’amour de Dieu.’ Puis je la mariai à un homme qui eut d’elle un enfant pieux, lequel accomplit le pèlerinage à pied à trente reprises.”
Sa‘îd ibn Ismā‘îl(4), fils de Sa‘îd ibn Manṣūr, Abū ‘Uthmān le prédicateur, naquit à Rayy où il grandit, avant de s’installer ensuite à Naysābūr, où il vécut jusqu’à sa mort. Il se rendit également à Bagdad. On disait qu’il était exaucé dans ses prières.
Al-Khaṭīb(5) dit : “(Selon) ce qu’Abd al-Karîm ibn Hawāzin nous raconta, j’ai entendu Abū ‘Uthmān dire : ‘Depuis quarante ans, Dieu ne m’a jamais établi dans un état que j’aurais détesté, et ne m’a point transféré à un autre état que j’aurais réprouvé.’”
Abū ‘Uthmān récitait également (6) :
J’ai commis des fautes sans faire le bien, et je suis venu à Toi tel un fugitif…
Où pourrait fuir un serviteur, sinon vers ses maîtres ?
Il espère le pardon, et si son espoir est déçu,
Alors nul sur terre n’est plus voué à l’échec que lui.