Il (que la paix soit sur lui) devait mourir dans le désert, après son frère Aaron (que la paix soit sur lui), comme nous l’expliquerons, si Dieu le veut. Or, certains ont prétendu que Moïse (que la paix soit sur lui) fut celui qui sortit les fils d’Israël du désert et les fit entrer dans la Terre sainte. Cela va à l’encontre de la position des Gens du Livre et de la majorité des musulmans.
Ce qui l’atteste, c’est la parole de Moïse lorsqu’il choisit la mort : « Ô mon Seigneur, rapproche-moi de la Terre sainte d’une portée de pierre. » S’il y était déjà entré, il n’aurait pas formulé cette demande ; mais, comme il se trouvait encore avec son peuple dans le désert et que son terme approchait (que la paix soit sur lui), il voulut se rapprocher de la terre vers laquelle il avait émigré et qu’il avait incité son peuple à rejoindre, terre que le décret divin leur avait toutefois interdite. Il demanda alors le privilège d’en être aussi proche qu’une portée de pierre. C’est pour cette raison que le Maître des hommes et Messager de Dieu à tous, habitants du désert comme des villes (1), dit : « Si j’étais là-bas, je vous montrerais sa tombe près de la dune rouge. »
L’imam Ahmad a rapporté : « Chafân (ʿAffân) nous raconta, de Hammâd, qui le tenait de Thâbit et Sulaymân at-Taymî, d’après Anas ibn Mâlik : Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) a dit : “Lors de mon Ascension nocturne (al-Isrâ’), je suis passé auprès de Moïse, qui se tenait debout, en prière, dans sa tombe, près de la dune rouge.” » (2) Muslim rapporta ce même hadith par la chaîne de Hammâd ibn Salama (3).
As-Suddî, citant Abû Mâlik et Abû Sâlih, d’après Ibn ‘Abbâs, et Murra d’après Ibn Mas‘ûd, ainsi que plusieurs Compagnons, ont dit : « Dieu, exalté soit-Il, révéla alors à Moïse : “Je rappellerai à Moi ton frère Aaron. Va donc avec lui sur telle montagne.” Moïse et Aaron (que la paix soit sur eux) se mirent en route vers cette montagne : ils y trouvèrent un arbre dont ils n’avaient jamais vu l’égal, une maison construite, et un lit garni de couvertures ; il en émanait un doux parfum. À la vue de ces lieux, Aaron fut émerveillé et dit à Moïse : “Ô Moïse, j’aimerais m’étendre sur ce lit.” Moïse lui répondit : “Fais-le.” Aaron rétorqua : “Je crains que le maître de cette demeure ne vienne et ne se mette en colère contre moi.” Moïse le rassura : “N’aie crainte, je répondrai de toi auprès du maître de ce lieu. Allonge-toi.” Aaron ajouta : “Ô Moïse, allonge-toi à mes côtés. Ainsi, si le maître de la demeure arrive, il se fâchera contre nous deux.” Lorsqu’ils furent étendus, la mort saisit Aaron. Sentant son heure arriver, il dit à Moïse : “Tu m’as trompé !” Aussitôt qu’Aaron rendit l’âme, la maison disparut, l’arbre s’évanouit et le lit fut emporté avec lui au ciel.”
Lorsque Moïse revint vers son peuple sans Aaron, ils s’écrièrent : “C’est Moïse qui l’a tué !” En effet, ils aimaient beaucoup Aaron et pensaient que Moïse avait agi par jalousie. Aaron était plus indulgent et plus bienveillant à leur égard que Moïse (que la paix soit sur eux), lequel se montrait parfois plus ferme avec eux. Mise au courant de leur accusation, Moïse leur dit : “Malheur à vous ! C’était mon frère. Pensez-vous vraiment que je l’aurais tué ?” Comme ils insistaient, il se leva, pria deux rak‘as, et invoqua Dieu. Alors, le lit redescendit du ciel, afin qu’ils puissent le voir suspendu entre ciel et terre.
Moïse (que la paix soit sur lui) marchait un jour en compagnie de son jeune serviteur, Yûsha‘ (Josué), lorsqu’apparut un vent noir. Yûsha‘ (4), en le voyant, pensa qu’il s’agissait de l’Heure (du Jugement) et s’agrippa à Moïse en disant : “L’Heure se lèvera donc pendant que je suis accroché à Moïse, le Prophète de Dieu !” Alors, Moïse (que la paix soit sur lui) se dégagea (5)…