Il tua al-Hallāj. Ce Yūsuf ibn Yaʿqūb était également l’un des plus éminents juges et l’une des plus grandes figures savantes. Il naquit en l’an 208 et reçut l’enseignement de Sulaymān ibn Ḥarb, ʿAmr ibn Marzūq, Hudba, Musaddad et d’autres. Il était considéré comme digne de confiance et exerça la fonction de juge (qāḍī) à Baṣra, Wāsiṭ et dans la partie orientale de Bagdad. Il était réputé pour sa probité, sa pudeur et sa haute honorabilité.
Un jour, l’un des serviteurs du calife al-Muʿtaḍid se présenta à son audience et se montra (1) arrogant [à l’égard de son adversaire] (2). Le chambellan du juge lui ordonna alors de s’asseoir au même rang que son adversaire, mais le serviteur refusa, s’appuyant sur la faveur dont il jouissait auprès du calife. Le juge (3) le gronda en disant : « Faites venir un courtier d’esclaves afin que je vende ce serviteur et que j’envoie son prix au calife. » Le chambellan du juge le saisit alors par la main et le fit asseoir aux côtés de son adversaire. Une fois le procès terminé, le serviteur retourna auprès d’al-Muʿtaḍid, en pleurs, et lui rapporta les propos du juge. Le calife déclara alors : « Par Dieu, s’il t’avait vendu, j’aurais confirmé cette vente et ne t’aurais jamais repris. Ton statut privilégié auprès de moi ne saurait prévaloir sur le rang de la magistrature, car c’est le pilier du pouvoir et le soutien des religions. » Yūsuf ibn Yaʿqūb mourut au mois de Ramaḍān de cette année-là.
[Puis arriva l’an 298 (de l’Hégire)] : cette année-là, al-Qāsim ibn Sīmā revint des contrées byzantines. Il pénétra à Bagdad accompagné de prisonniers et d’ʿulūj (5) portant des bannières ornées de croix en or, ainsi qu’un grand nombre d’autres captifs.
Au cours de cette même année, des présents (6) parvinrent [au calife al-Muqtadir bi-llāh] de la part du gouverneur de Khurāsān, Aḥmad ibn Ismāʿīl ibn Aḥmad al-Sāmānī. Parmi ces offrandes, il y avait cent vingt jeunes serviteurs équipés de leurs montures et de leurs armes, ainsi que tout ce dont ils pouvaient avoir besoin, cinquante faucons, cinquante chameaux chargés de riches vêtements et cinquante ratls de musc.
La même année, le juge ʿAbd Allāh ibn ʿAlī ibn Muḥammad ibn ʿAbd al-Malik ibn Abī al-Shawārib fut frappé de paralysie, et son fils Muḥammad fut nommé à sa place pour tenir la magistrature sur la rive orientale et à al-Karkh.
Au mois de Shaʿbān de cette même année, deux hommes furent arrêtés : l’un se faisait appeler Abū Kabīra (7), l’autre était connu sous le nom d’al-Shammarī. Ils déclarèrent être les partisans d’un certain Muḥammad ibn Bishr, lequel prétendait à la divinité. Qu’Allāh les maudisse !