À propos de la limite de l’ivresse, il dit : « C’est lorsque les soucis s’évanouissent et que l’on révèle son secret caché. » On jugea cela louable de sa part, et il gagna en estime aux yeux des gens (1).
Ibn al-Jawzî a déclaré dans “Al-Muntaẓim” (2) : « Il fut éprouvé par l’amour d’un jeune garçon du nom de Muḥammad ibn Jāmi‘ — on relate aussi : Muḥammad ibn Zukhraf. Il fit preuve de chasteté et de piété, et persévéra ainsi, au point que cela devint la cause de sa mort. »
J’ajoute : il s’inscrit ainsi dans le ḥadith rapporté d’Ibn ‘Abbās, tantôt comme une parole qui lui est attribuée (mauqūf), tantôt remontant au Prophète (marfū‘) : « Quiconque aime passionnément, garde le silence, demeure chaste et meurt, meurt en martyr » (3).
On a également dit de lui qu’il autorisait l’amour, c’est-à-dire sous condition de chasteté. Il rapporta lui-même qu’il avait toujours goûté aux émois de l’amour depuis sa fréquentation de l’école coranique (kuttāb), et qu’il avait composé le livre “Az-Zahra” à ce sujet dès sa jeunesse. Il se peut même que son père, Dāwūd, ait eu connaissance de quelques-uns de ces écrits.
Il avait l’habitude de débattre fréquemment avec Abū al-‘Abbās ibn Surayj en présence du juge Abū ‘Umar Muḥammad ibn Yūsuf, et les gens s’émerveillaient de leurs joutes oratoires et de leur éclat. Un jour, durant l’une de leurs discussions, Ibn Surayj lui lança : « Tu es plus célèbre pour ton livre “Az-Zahra” (4) que pour autre chose. » Il répliqua : « Tu me reproches “Az-Zahra”, alors même que tu n’es pas capable d’en achever la lecture. C’est un ouvrage que nous avons composé sur le ton de la plaisanterie. Rédige donc un équivalent sérieux si tu en es capable. »
Le juge Abū ‘Umar Muḥammad ibn Yūsuf raconta : « Un jour, j’étais à cheval en compagnie d’Abū Bakr ibn Dāwūd lorsqu’une servante s’est mise à chanter quelques vers de sa poésie (5) :
“Je me plains de l’ardeur de mon cœur que tu ruines...
Plainte d’un malade auprès d’un compagnon qui le réconforte.
Ma souffrance va croissant avec le temps,
Et toi, tu diminues la gravité de ce que j’endure.””