L’année ne s’acheva pas avant que les gens ne sortent pour invoquer la pluie (prière de l’istisqāʾ), en raison de la retardance de la pluie au-delà de sa période habituelle (1). Au mois de Chaʿbān, on revêtit Mounis le serviteur d’une robe d’honneur, et il reçut l’ordre de se rendre à Ṭarasous pour combattre les Byzantins. Cette même année, al-Muqtadir décréta qu’aucun Juif ni Chrétien ne serait employé dans les dīwān-s et, assignés à résidence, on leur imposa de porter des vêtements couleur miel (al-ʿasli) ainsi qu’une pièce de tissu (ar-raqāʿ) cousue sur leurs habits pour qu’on les reconnaisse (2). Durant cette année, al-Faḍl ibn ʿAbd al-Malik al-Hāchimī dirigea le pèlerinage, mais un grand nombre de gens rebroussèrent chemin en raison du manque d’eau sur la route. “En vérité nous appartenons à Dieu et c’est vers Lui que nous revenons.”
[Parmi les notables décédés cette année-là] figure Aḥmad ibn Muḥammad ibn Zakariyā ibn Abī ʿAttāb (3), Abū Bakr al-Baghdādī le traditionniste, connu également sous le nom du “frère de Maymūn”. Il a rapporté des hadiths de Naṣr ibn ʿAlī al-Jahḍamī et d’autres, et at-Ṭabarānī a aussi rapporté de lui. Il répugnait à transmettre et l’on n’entendait ses hadiths qu’au cours de discussions. Il décéda (5) au mois de Chawwāl.
Abū Bakr al-Athram (6) — Aḥmad ibn Muḥammad ibn Hānī, Abū Bakr aṭ-Ṭāʾī al-Athram — fut un disciple de l’imam Aḥmad. Il entendit (les hadiths de) ʿAffān, Abū l-Walīd al-Qaʿnabī, Abū Nuʿaym et de nombreuses autres personnes. Il était réputé pour sa solide mémorisation, sa sincérité et sa force dans les échanges savants. Ibn Maʿīn disait de lui : « L’un de ses parents était un djinn, tant sa compréhension, sa mémoire et son habileté étaient remarquables. » Il rédigea plusieurs ouvrages consacrés aux ʿilal (causes secrètes des hadiths) et au nāsikh wa-l-mansūkh (le texte abrogeant et l’abrogé). Il comptait parmi les “mers du savoir”.
Khalaf ibn ʿAmr ibn ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿĪsā (7), Abū Muḥammad al-ʿUkbarī (8), étudia également le hadith. Esprit plaisant, il possédait trente bagues et trente cannes. Chaque jour du mois, il portait une bague différente et s’appuyait sur une canne différente, puis il reprenait le même cycle le mois suivant. Il possédait aussi un fouet accroché dans sa maison, et lorsqu’on lui demandait pourquoi, il répondait : « Pour que la famille le craigne. »
Ibn al-Muʿtazz, le poète proclamé calife (9), n’est autre que ʿAbd Allāh ibn al-Muʿtazz billāh Muḥammad ibn al-Mutawakkil ʿalā llāh.