Le califat d’al-Muqtadir bi-llah, commandeur des croyants (Abou al-Fadl Ja‘far ibn al-Mu‘taḍid) :
(1) Le serment d’allégeance fut renouvelé en sa faveur après le décès de son frère, vers l’aube, le quatorzième jour écoulé de Dhou al-Qa‘da de cette année, c’est-à-dire l’an 295 de l’hégire. Il était alors âgé de treize ans, un mois et onze jours, et personne n’avait jusqu’alors accédé au califat à un âge plus jeune que le sien.
Quand il prit place au rang de calife, il accomplit quatre rak‘ates de prière, formula le salut final (taslîm), puis éleva la voix en invoquant Dieu et en recourant à la prière de consultation (istikharah). Ensuite, les gens lui prêtèrent serment d’allégeance publique, et son nom fut inscrit dans les documents officiels, ainsi que dans d’autres registres, sous la forme : « al-Muqtadir bi-llah ».
Le Trésor privé contenait alors quinze millions de dinars, tandis que le Trésor public en comptait six cent mille et quelques-uns de plus. Les joyaux précieux accumulés depuis l’époque omeyyade et abbasside étaient considérables, mais il ne cessa de les distribuer à ses proches et compagnons, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus.
Il nomma au vizirat plusieurs secrétaires (katibs), dont le nombre est élevé. Parmi eux figurait Abou al-Hassan ‘Alî ibn Muhammad ibn al-Furât, qu’il désigna, puis révoqua pour un autre, puis rétablit, avant de le révoquer et de le rappeler de nouveau, jusqu’à finalement le démettre et le faire exécuter. Abou al-Faraj ibn al-Jawzî a relaté en détail les récits de ces nominations.
Il possédait un grand nombre de serviteurs et de chambellans (hujjâb), et avait une cour d’une grande magnificence. Il était d’une généreuse prodigalité et montrait en même temps beaucoup de piété : il priait abondamment et jeûnait souvent par dévotion.
Le jour de ‘Arafah, au début de son règne, il distribua trente mille têtes de moutons et de bovins, ainsi que deux mille chameaux. Il rétablit les règlements, les taxes et les allocations comme ils l’étaient aux débuts de l’ère abbasside. Il libéra les prisonniers dont la mise en liberté était admissible et confia cette tâche au cadi Abou ‘Amr Muhammad ibn Youssouf.
Certaines constructions avaient été élevées sur la place publique, rapportant mille dinars par mois ; il en ordonna la démolition pour élargir l’espace destiné aux musulmans.