Et Celui que Dieu éleva et combla reçut des dons dont la permanence ne saurait cesser. Ses espoirs furent pleinement réalisés et les bienfaits qui s’y rattachaient se prolongèrent, lui apportant plénitude et perfection. Il était celui qui se suffisait de Dieu, et Dieu lui suffisait pour tout ce qui le préoccupait, par un appui inébranlable.
Il composait parfois des vers. Parmi ceux-ci, on raconte qu’il déclara (1) :
« Qui pourrait savoir ce que j’endure, afin qu’il comprenne mon élan amoureux et ma passion ?
Il fut toujours mon serviteur, mais mon amour pour lui m’a fait devenir son serviteur à mon tour, comme s’il m’avait réduit en esclavage.
J’ai coutume d’affranchir, mais pourtant, par amour pour lui, je ne m’affranchis point. »
L’inscription gravée sur son anneau était : « Ali se remet (2) à son Seigneur. »
Il eut pour enfants : Muhammad, Ja‘far, ‘Abd as-Samad, Moussa, ‘Abd Allâh, Hâroun, al-Fadl, ‘Îsâ, al-‘Abbâs et ‘Abd al-Malik (3).
De son vivant, Antioche fut reprise et délivrée des mains des Byzantins ; un grand nombre de prisonniers musulmans y étaient détenus, et les musulmans purent s’emparer de butins en abondance, comme cela a déjà été rapporté.
Lorsque la mort l’approcha, il s’enquit de son frère, Abou l-Fadl Ja‘far ibn al-Mu‘taḍid, pour vérifier qu’il avait l’âge requis. S’étant assuré qu’il était apte, il le convoqua un vendredi, le onzième jour de Dhou l-Qa‘da, en présence des juges. Il les fit témoins qu’il avait transféré la fonction califale à son frère après lui, et il le désigna sous le titre de « al-Muqtadir bi-llâh ».
Al-Muktafî bi-llâh mourut trois jours plus tard. Certains rapportent qu’il décéda le samedi, entre midi et l’après-midi ; d’autres disent après le coucher du soleil, dans la nuit du dimanche, le douzième jour de Dhou l-Qa‘da. Il fut inhumé dans la demeure de Muhammad ibn ‘Abd Allâh ibn Tâhir. Son âge était de trente-deux ou, selon certains, trente-trois ans. Il exerça le califat pendant six années, six mois et dix-neuf jours. Il avait ordonné de verser, de sa fortune personnelle, une aumône d’un montant de six cent mille dinars — somme qu’il avait accumulée durant sa jeunesse. Il souffrait d’un mal appelé « la maladie des porcs » (4). Qu’Allah lui fasse miséricorde.