Il se mit alors à prier et à invoquer Dieu – exalté soit-Il – à l’heure de la sieste. C’est à ce moment que le vice-roi d’Égypte, que je crois être Aḥmad ibn Ṭouloun, qui dormait lui aussi durant la sieste, vit en son songe le Messager de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lui dire : « Te voilà ici, tandis que les “Muḥammads” n’ont pas de quoi se nourrir ! » L’émir s’éveilla aussitôt et demanda : « Qui se trouve ici parmi les spécialistes du ḥadīth ? » On lui mentionna alors ces trois hommes, et il leur envoya sans tarder mille dinars, qu’il fit entrer chez eux, dissipant ainsi, par la grâce de Dieu, leurs difficultés et leur procurant un soulagement (1).
Muḥammad ibn Naṣr parvint à un âge avancé et suppliait Dieu de lui accorder un enfant. Un jour, quelqu’un vint lui annoncer la naissance d’un fils. Il leva les mains, loua Dieu et dit : « Louange à Dieu qui m’a accordé, malgré la vieillesse, un Ismā‘īl » [Ibrāhīm : 39]. Les personnes présentes en retirèrent plusieurs enseignements : il eut un fils, malgré son âge avancé, après avoir invoqué Dieu ; il le nomma le jour même de sa naissance, à l’exemple du Messager de Dieu (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qui nomma son fils Ibrāhīm avant le septième jour ; enfin, il suivait l’exemple de l’« Ami intime » (al-Khalīl) en nommant son premier-né Ismā‘īl.
Mūsā ibn Hārūn ibn ‘Abd Allāh (2), Abū ‘Imrān, dont le père était connu sous le nom de « al-Jammāl », naquit en l’an 214. Il écouta les enseignements d’Aḥmad ibn Ḥanbal, Yaḥyā ibn Ma‘īn et d’autres encore. Il fut l’imam de son époque en ce qui concerne la préservation du ḥadīth, la connaissance des transmetteurs et la rigueur scientifique. Il jouissait de la plus grande fiabilité, d’une piété scrupuleuse et d’une majestueuse gravité. ‘Abd al-Ghanī ibn Sa‘īd al-Ḥāfiẓ al-Miṣrī a dit : « Les personnes dont les propos sur le ḥadīth étaient les plus pertinents furent ‘Alī ibn al-Madīnī, puis Mūsā ibn Hārūn, puis ad-Dāraquṭnī (3). »
Puis vint l’année 295 (de l’Hégire). Cette année-là, il y eut un échange de prisonniers entre musulmans et Byzantins : près de trois mille hommes et femmes furent ainsi libérés – louange à Dieu. Vers le milieu du mois de Ṣafar de la même année mourut Ismā‘īl ibn Aḥmad as-Sāmānī, émir du Khorasan [et de ce qui se trouve au-delà du fleuve] (4). C’était un homme avisé, juste, réputé pour son excellente gestion de ses sujets, sa douceur, sa sagesse et sa générosité. Il était couvert d’éloges. C’est lui qui comblait de faveurs Muḥammad ibn Naṣr al-Marwazī, le vénérait, l’honorait, et se levait pour l’accueillir lorsqu’il se présentait dans sa cour royale.