Il se rendit ensuite dans les autres villes du Yémen, où il sema grand désordre et tua nombre de gens. Puis les habitants de Ṣanʿāʾ le combattirent, le vainquirent et le mirent en déroute, si bien qu’il se replia vers l’une de ces villes. Le calife y dépêcha alors al-Muẓaffar ibn Ḥāj comme lieutenant et lui remit un vêtement d’investiture. Celui-ci s’y rendit et y demeura (1) jusqu’à sa mort.
Le jour de la fête de l’ʿĪd al-Aḍḥā, un groupe d’environ huit cents Qarmates entra à al-Kūfa, tandis que la population se trouvait en pleine célébration. Ils s’écrièrent : « Ô vengeance d’al-Ḥusayn ! », faisant allusion au supplicié de Bagdad (il s’agit du fils de Zakrowayh). Leur mot d’ordre, ce jour-là, était : « Ô Aḥmad ! Ô Muḥammad ! », faisant référence (2) à ceux qui furent tués avec lui à Bagdad (3). Les gens se précipitèrent pour regagner la ville, suivis par les Qarmates ; la foule les accueillit alors à coups de pierres et d’autres projectiles. Ils en tuèrent une vingtaine et le reste s’enfuit, honteux, louange et grâce à Dieu.
La même année, il apparut en Égypte un homme nommé al-Khalanjī, qui rompit son obéissance et rallia plusieurs soldats à sa cause. Le calife ordonna alors à Aḥmad ibn Kayghalaġ, gouverneur de Damas et de ses environs, de marcher contre lui. Ils s’affrontèrent aux abords de l’Égypte, et al-Khalanjī infligea à l’armée du calife une défaite cuisante. Le calife dépêcha une seconde troupe contre lui, qui le battit et le mit en fuite. Il se réfugia alors en Égypte, où il fut finalement arrêté et livré à l’émir représentant le calife, puis son affaire fut close, louange à Dieu.
Comme l’armée était occupée par les affaires du territoire égyptien, Zakrowayh ibn Mihrowayh (après la mort de son père al-Ḥusayn à Bagdad) envoya une armée commandée par un ancien maître d’école, nommé ʿAbd Allāh ibn Saʿīd. Celui-ci se dirigea vers Buṣrā, Adhrʿāt et al-Bathaniyya. Les habitants (4) lui livrèrent bataille, mais il leur octroya la sécurité avant de prendre le dessus et de tuer les combattants [et de réduire en captivité la descendance] (5).
Il voulut ensuite pénétrer à Damas, mais le lieutenant d’Aḥmad ibn Kayghalaġ, nommé Ṣāliḥ ibn al-Faḍl, le combattit. Le Qarmate le vainquit et tua Ṣāliḥ parmi d’autres. Il assiégea Damas, sans parvenir à la prendre, puis se rendit à Tibériade, où ils massacrèrent la plupart des habitants, comme nous l’avons rapporté, et en pillèrent une grande partie des biens. Par la suite, ils gagnèrent Hīt et s’y comportèrent de la même manière. Le calife envoya alors une armée contre eux, qui captura leur chef, tandis que le reste parvint à fuir. Ils se rendirent à al-Kūfa le jour de l’ʿĪd al-Aḍḥā, comme mentionné, sans en tirer aucun avantage ; louange et grâce à Dieu.
Tout cela se produisait sur ordre de Zakrowayh ibn Mihrowayh, qui demeurait caché dans son pays parmi des Qarmates. Quand on insistait pour le trouver, il se réfugiait dans un puits qu’il avait aménagé et recouvert d’un four (tannūr). Une femme se tenait là, l’entretenant et y faisant le pain, et nul ne se doutait de sa présence. Le calife envoya finalement une imposante armée contre lui. Zakrowayh combattit en personne, avec ses partisans, et mit l’armée du calife en déroute, s’emparant d’une partie de son butin