Iblis apparut en rêve, comme s’il était (1) nu. Je lui dis : « N’as-tu pas honte devant les gens ? » Il répondit : « Qui sont ces gens ? Je joue avec eux comme des enfants jouent avec une balle ! Les véritables gens, ceux qui ont épuisé mon cœur et [fatigué mon corps] (2), sont un groupe qui se trouve dans la mosquée ash-Shūnīziy : chaque fois que je m’efforce de les atteindre, ils se tournent vers Dieu – exalté et glorifié soit-Il – et je suis sur le point de brûler !»
[Il dit] (3) : « À mon réveil, je m’habillai et me rendis à la mosquée ash-Shūnīziy. J’y trouvai trois hommes assis, la tête inclinée sur leurs capuchons. L’un d’eux releva la tête hors de son vêtement et s’exclama : “Ô Abou al-Qassem ! Vas-tu accepter tout ce que l’on te rapporte ?” » Et voilà qu’il s’agissait d’Abou Bakr az-Zaqqâq (4), Abou al-Hussein an-Nourî et Abou Hamza (5). Puis apparut Mohammad ibn ‘Alî ibn ‘Allouyah ibn ‘Abd Allâh al-Jurjânî, juriste shafi‘ite, disciple d’al-Muzanî, tel que l’a mentionné Ibn al-Athîr (6).
Ensuite survint l’an 291 [de l’Hégire]. Cette année-là, une grande et redoutable bataille éclata entre les Qarmates et les troupes du calife : les Qarmates essuyèrent une lourde défaite et leur chef, al-Husayn ibn Zakarwîh – surnommé « Émir des croyants », également appelé « Dhou ash-Shâma », ayant pris comme nous l’avons relaté le nom d’Ahmad et la kunya Abou al-‘Abbâs – fut fait prisonnier. Beaucoup de tribus bédouines et autres s’étaient ralliées à lui, et son pouvoir était devenu considérable. Une fois capturé, il fut conduit devant le calife, accompagné d’un grand nombre de ses principaux compagnons. On l’introduisit à Bagdad sur le dos d’un éléphant, bien en vue du public. Le calife ordonna alors la construction d’un parvis surélevé, y fit asseoir le Qarmate, puis l’on amena ses partisans dont il fit trancher la tête devant ses yeux, lui-même étant contraint de regarder, une pièce de bois transversale lui bloquant la bouche et fixée à sa nuque. On le descendit ensuite de l’estrade et on lui infligea deux cents coups de fouet, puis on lui coupa les mains et les pieds, on le cautérisa et, pour finir, on le brûla. Sa tête fut ensuite placée au bout d’une perche, portée en procession à travers tous les quartiers de Bagdad, au mois de Rabi‘ al-Awwal (7).
Cette même année, les Turcs lancèrent une expédition contre les régions de Mā Warā’ an-Nahr avec d’immenses armées. Les musulmans les dispersèrent, en tuèrent un grand nombre (8) et en réduisirent en captivité une multitude innombrable ; ainsi « Dieu a refoulé ceux qui ont mécru, enragés ; ils n’ont obtenu aucun profit » [al-Ahzâb, 25].