En cette année-là, le calife al-Muktafī bi-llāh partit de Bagdad en direction de Samarra, dans l’intention de s’y installer. Cependant, son vizir al-Qāsim ibn ‘Ubayd Allāh lui fit changer d’avis et le ramena à Bagdad.
Au cours de la même année, Yaḥyā ibn Zakrawayh ibn Mahrowayh fut tué aux portes de Damas par l’armée égyptienne : un Maghrébin le perça d’une lance enflammée puis le brûla. Cela advint après qu’il eut massacré un grand nombre de soldats de cette armée, issue de la troupe de Tughj ibn Juff, le gouverneur de Damas. Dieu accorda ainsi aux gens d’être débarrassés de lui, et les musulmans en éprouvèrent une grande joie. Après sa mort, son frère al-Ḥusayn prit la tête des Qarmates ; il se fit appeler Aḥmad et se surnomma Abū al-ʿAbbās. Il se proclama « Émir des croyants », et les Qarmates lui obéirent. Il assiégea Damas, conclut un accord financier avec ses habitants, puis se rendit à Ḥoms qu’il conquit ; on y prononça alors le prône (khuṭba) en son nom. Il poursuivit sa marche vers Ḥamā et Maʿarrat al-Nuʿmān, où il soumit leurs populations et s’empara de leurs biens et de leurs femmes. Il en vint à tuer bêtes et enfants dans les écoles, et permit à ses hommes de violer les femmes. Il arrivait qu’un grand nombre d’hommes abusent de façon successive de la même femme ; et si elle donnait naissance à un enfant, chacun d’eux se l’attribuait. Les gens du Shām (Grande Syrie) écrivirent au calife pour se plaindre de tout ce qu’ils enduraient de la part de ce maudit. Al-Muktafī dépêcha alors de nombreuses troupes et dépensa de grosses sommes pour le combattre, puis s’embarqua lui-même en Ramaḍān. Il s’établit à ar-Raqqa et dispersa ses armées en plusieurs directions pour affronter le Qarmate.
Quant à ce Qarmate, il écrivait à ses partisans en ces termes : « De la part du serviteur de Dieu, Aḥmad ibn ʿAbd Allāh al-Mahdī, al-Manṣūr bi-llāh, an-Nāṣir li-Dīn Allāh, al-Qāʾim bi-Amr Allāh, al-Ḥākim bi-Ḥukm Allāh, ad-Dāʿī ilā Kitāb Allāh, adh-Dhābb ʿan Ḥarīm Allāh, l’élu parmi la descendance du Messager de Dieu. » Il prétendait ainsi descendre de ʿAlī ibn Abī Ṭālib par Fāṭima, ce qui était un pur mensonge – que Dieu l’enlaidisse –, d’autant qu’il comptait parmi les plus acharnés ennemis de Quraych, surtout envers les Banū Hāshim. Lorsqu’il entra dans Salamiyya, il n’y laissa en vie aucun membre des Banū Hāshim, tuant leurs enfants et s’emparant de leurs femmes.
Cette année-là également, on confia la garde de la frontière de Ṭarsūs à Abū al-ʿAshāʾir Aḥmad ibn Naṣr, à la place de Muẓaffar ibn Ḥāj, après que les habitants de la zone frontalière s’étaient plaints de ce dernier. Le pèlerinage fut dirigé par al-Faḍl ibn Muḥammad al-ʿAbbāsī.
Parmi ceux qui moururent cette année-là, on compte ʿAbd Allāh ibn l’imām Aḥmad ibn Ḥanbal, Abū ʿAbd ar-Raḥmān aš-Šaybānī. Il était un imām, un ḥāfiẓ (expert dans la mémorisation des ḥadīth), reconnu pour sa fiabilité et son exactitude. Il avait rapporté de très nombreux récits au nom de son père et d’autres maîtres.