Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

De quoi devrais-je m’étonner ? De son courage ou du fait qu’il ne s’en soit pas préoccupé, puisqu’il n’en a parlé à personne ? Ou du fait qu’il ne m’ait jamais adressé de reproche alors que je me suis moi-même retenu de lui ? Par Dieu, il ne m’a jamais blâmé pour cela (1).

Le hâfiẓ Ibn ʿAsâkir (2) a rapporté d’après Abû al-Ḥusayn al-Nûrî qu’il passa un jour près d’un bateau contenant du vin, en compagnie d’un batelier. Il demanda : « Qu’est-ce que cela ? Et à qui appartient-il ? » Le batelier répondit : « C’est du vin destiné à l’émir al-Muʿtaḍid. » Alors Abû al-Ḥusayn monta dans l’embarcation et se mit à briser les tonneaux d’un coup de bâton, jusqu’à les détruire tous sauf un seul, qu’il laissa intact. Le batelier appela au secours ; la police intervint et l’arrêta, puis on le conduisit devant al-Muʿtaḍid.

Celui-ci lui demanda : « Qui es-tu (3) ? » Il répondit : « Je suis un muḥtasib (celui qui veille à faire respecter le bien et interdire le mal). » Le calife poursuivit : « Et qui t’a nommé à cette fonction ? » Il dit : « Celui qui t’a désigné à l’imâma m’a également nommé à la ḥisba, ô Commandeur des croyants. » Al-Muʿtaḍid baissa alors la tête, puis la releva et demanda : « Qu’est-ce qui t’a poussé à agir ainsi ? » Il répondit : « C’est par compassion pour toi, afin de t’épargner le tort [du péché]. » Le calife inclina de nouveau la tête puis la releva et dit : « Et pourquoi as-tu laissé un tonneau intact ? » Il répliqua : « J’ai d’abord brisé tous les autres par respect pour la grandeur de Dieu, sans me soucier de quiconque, jusqu’à ce que j’arrive à ce dernier tonneau. Là, j’ai ressenti une pointe d’admiration envers moi-même pour avoir osé m’attaquer (4) à un homme tel que toi ; c’est pourquoi je l’ai laissé. » Al-Muʿtaḍid lui dit alors : « Va-t’en, je t’autorise désormais à corriger toute chose blâmable que tu souhaiteras corriger. » Abû al-Ḥusayn al-Nûrî lui répondit : « C’est maintenant seulement que nous allons accomplir la correction (5). » Le calife demanda : « Pourquoi cela ? » Il expliqua : « Jusqu’ici, j’agissais uniquement pour Dieu, tandis que je le ferais à présent suite à ton ordre. » Le calife conclut : « Demande-moi ce que tu voudras. » Et il répondit : « Je souhaite seulement sortir de chez toi en paix. » Le calife ordonna donc qu’on le laisse partir. Abû al-Ḥusayn se rendit à Baṣra et y vécut caché, car il craignait que quelqu’un ne vînt lui causer du tort en sollicitant l’aide d’al-Muʿtaḍid. Quand al-Muʿtaḍid mourut, il revint à Bagdad.

Le qâḍî Abû al-Ḥasan Muḥammad ibn ʿAbd al-Wāḥid al-Hāshimī rapporta ensuite, d’après un cheikh parmi les commerçants, ceci : « J’avais une grosse somme à percevoir d’un émir, mais il me la refusait et cherchait toujours à m’en priver. Chaque fois que j’allais le trouver pour exiger mon dû, il se dérobait et ordonnait à ses serviteurs de me malmener. Je portai plainte au ministre, mais sans succès ; puis je m’adressai aux détenteurs de l’autorité, mais rien n’y fit. Au contraire, cela ne fit que le renforcer dans son refus et son déni. Finalement, on orienta (6) cet homme vers un tailleur, qui se trouvait devant la mosquée du quartier. Il alla donc le voir, et ce dernier se mit aussitôt à ses côtés. Or, au moment où il l’aperçut… »

(1) Al-Muntaẓam (5/129), Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ (13/466). (2) Sa traduction a été omise du manuscrit. (3) Dans A : « Qui es-tu ? » (4) Dans B : « Je me suis beaucoup attristé pour moi-même d’avoir agi ainsi. » (5) Dans Ṭ : « Mon intention de changer a été anéantie. » (6) Dans Ṭ : « Je perdis espoir quant à la somme qu’il devait, et un souci m’étreignit de ce côté. Pendant que j’étais ainsi, hésitant à qui me plaindre, un homme me dit : “Ne vas-tu pas voir celui-ci, le tailleur, imam de la mosquée là-bas ?” Je répondis : “Que pourrait faire un tailleur face à ce tyran, alors que les notables du pouvoir ne l’ont pas sanctionné ?” Il me dit : “Il est plus ferme et redoutable auprès de lui que tous ceux à qui tu t’es plaint, va donc le voir, peut-être y trouveras-tu un soulagement.” J’y suis donc allé sans me préoccuper de son affaire, je lui ai exposé mon besoin, mon argent et ce que le tyran m’avait fait. Il s’est levé avec moi ; dès que le prince l’aperçut, il se leva vers lui, l’honora, le respecta et s’empressa de régler la dette qu’il avait envers moi. Il me remit la totalité sans que le prince ait à en être informé, si ce n’est qu’il lui dit : “Remets à cet homme son dû, sinon j’aurai autorisé (une mesure contre lui).” La couleur du prince changea et il me paya ma créance. Le commerçant dit : “Je fus étonné par ce tailleur…”
من أي شيء أعجب؟ أمن شجاعته أم من عدم احتفاله بذلك حيث لم يذكره لأحد؟ أم من عدم عَتْبه عليَّ حيث ضننت بنفسي عنه؟ واللّه ما عاتبني في ذلك قطُّ (١) . وروى الحافظ ابن عساكر (٢) عن أبي الحسين النوري أنه اجتاز بزورق فيه خمر مع ملاح، فقال: ما هذه؟ ولمن هذه؟ فقال له: هذه خمر للمعتضد. فصعد أبو الحسين إليها، فجعل يضرب الدِّنان بعمود في يده حتى كسرها كلَّها سوى واحدٍ تركه، واستغاث الملاح، فجاءت الشُّرَط فأخذوه، فأوقفوه بين يدي المعتضد، فقال له: ما أنت (٣) ؟ فقال: أنا محتسب. فقال: ومن ولَّاك الحِسْبة؟ فقال: الذي ولَّاك الإمامة ولَّاني الحِسبة يا أمير المؤمنين. فأطرق رأسه ثم رفعه، فقال: ما الذي حملك على ما فعلتَ؟ قال: شفقة عليك؛ لدفع الضرر عنك. فأطرق رأسه ثم رفعه فقال: ولم تركت من الدِّنان واحدًا؟ فقال: إني أقدمت عليها فكسرتها إجلالًا لعظمة الله، ولم أبال أحدًا من الناس حتى انتهيت إلى هذا الدَّنِّ، دخل نفسي إعجاب من قبيل أني أقدمت (٤) على مثلك، فتركته، فقال له المعتضد: اذهب، فقد أطلقت يدك، فغيِّر ما أحببت أن تغيِّرَه من المنكر. فقال له النوري: الآن نقمن (٥) التغيير، فقال: ولمَ؟ قال: لأني كنت أغيِّر عن الله، وأنا الآن أغيَّر عن شرطي. فقال: سَل حاجتك. فقال: أحبُّ أن تخرجني من بين يديك سألمًا. فأمر به فأخرج، فصار إلى البصرة، فأقام بها مختفيًا خشية أن يشقَّ عليه أحدٌ في حاجةٍ عند المعتضد. فلمَّا توفي المعتضد رجع إلى بغداد. وذكر القاضي أبو الحسن محمد بن عبد الواحد الهاشمي، عن شيخ من التجار، قال: كان لي على بعض الأمراء مال كثير، فماطلني ومنعني حقي، وجعل كلَّما جاء ليطالبه حجبه عنه ويأمر غلمانه يؤذونه، فاستعدى عليه إلى الوزير، فلم يفد فيه شيئًا، وإلى أولياء الأمر، فلم يقطع عنده، وما زاده ذلك إِلَّا منعًا وجحودًا، فدلَّ (٦) ذلك الرجل على رجل خياط أمام مسجدٍ هناك، فقصده، فقام معه، فحين عاينه
(١) المنتظم (٥/ ١٢٩)، سير أعلام النبلاء (١٣/ ٤٦٦). (٢) سقطت ترجمته من المخطوط. (٣) في آ: من أنت. (٤) في ب: فحزنت على نفسي كثيرًا أني قد أقدمت. (٥) في ط: انتقض عزمي عن التغيير. (٦) في ط: فأيست من المال الذي عليه، ودخلني هم من جهته، فبينما أنا كذلك وأنا حائر إلى من أشتكي، إذ قال لي رجل: ألا تأتي فلانًا الخياط، إمام مسجد هناك؟ فقلت: وما عسى أن يصنع خياط مع هذا الظالم، وأعيان الدولة لم يقطعوا فيه؟ فقال لي: هو أقطع وأخوف عنده من جميع من اشتكيت إليه، فاذهب إليه لعلك أن تجد عنده فرجًا. قال: فقصدته غير محتفل في أمره، فذكرت له حاجتي ومالي وما لقيت من هذا الظالم، فقام معي، فحين عاينه الأمير، قام إليه وأكرمه واحترمه وبادر إلى قضاء حقي الذي عليه، فأعطانيه كاملًا من غير أن يكون منه إلى الأمير كبير أمر، غير أنه قال له: ادفع إلى هذا الرجل حقه وإلا أذّنت، فتغيّر لون الأمير ودفع إليَّ حقي. قال التاجر: فعجبت من ذلك الخياط ..

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