Safi déclara : « Par Dieu, j’ai vu de mes propres yeux exactement ce qu’il avait annoncé. »
Ibn al-Jawzmi (1) rapporta d’après l’un des serviteurs d’al-Muʿtaḍid : « Un jour, le calife faisait la sieste au moment de la qaylûlah, et nous nous trouvions autour de son lit. Il se réveilla en sursaut et nous appela à grands cris. Nous nous approchâmes, et il s’exclama : “Malheur à vous ! Allez vers le Tigre : la première embarcation vide qui descendra, ramenez-m’en le batelier et gardez-le à vue.” Nous nous y rendîmes aussitôt, et nous découvrîmes un batelier dans une petite embarcation (sumaïriyyah) vide, qui descendait le fleuve. Nous le conduisîmes alors chez le calife. Lorsqu’il vit ce dernier, il faillit défaillir. Le calife poussa sur lui un grand cri, et l’âme du batelier manqua de s’échapper. Le calife lui dit : “Malheur à toi, maudit ! Dis-moi la vérité sur l’histoire de la femme que tu as tuée aujourd’hui, sinon je te trancherai la tête !” Le batelier balbutia, puis reprit : “Oui, ô Commandeur des croyants, ce matin, à l’aube, je me trouvais près de telle berge. Une femme descendit alors ; je n’avais jamais vu son pareil. Elle portait de riches vêtements, un grand nombre de bijoux et des pierres précieuses. J’ai été attiré par ses biens. Je l’ai piégée, j’ai couvert sa bouche et je l’ai noyée ; j’ai emporté tous ses bijoux et ses vêtements. J’ai craint que, si je rentrais chez moi, l’on ne découvre mon acte, j’ai donc voulu me diriger vers Wâsiṭ. Mais ces serviteurs m’ont intercepté.” Le calife lui demanda : “Où sont ses bijoux ?” Il répondit : “À l’avant de la barque, sous les nattes (bawârî).” Le calife ordonna qu’on les lui apporte, et on les apporta aussitôt. Puis il ordonna de noyer le batelier à l’endroit même où il avait noyé la femme. Il demanda ensuite qu’on fasse un appel à la famille de la victime pour qu’elle vienne récupérer les biens de leur parente. Trois jours plus tard, ils se présentèrent ; il leur remit les bijoux et les vêtements que la femme portait. Puis ses serviteurs lui dirent : “Ô Commandeur des croyants, comment avez-vous su cela ?” Il répondit : “J’ai vu en rêve un vieil homme aux cheveux et à la barbe blancs, vêtu de blanc, qui clamait : ‘Ô Ahmad ! Ô Ahmad ! Va prendre le premier batelier qui descend la rivière, arrête-le, et interroge-le au sujet de la femme qu’il a tuée puis dépouillée aujourd’hui. Fais appliquer la peine légale.’ Et c’est précisément ce qui s’est passé sous vos yeux.” »
Quant à Khafîf (4) as-Samarqandî, le chambellan, il raconta : « J’étais avec mon seigneur al-Muʿtaḍid dans l’une de ses chasses, séparé du gros de la troupe, sans autre compagnie que moi-même. Tout à coup, un lion nous apparut et se dirigea vers nous. Al-Muʿtaḍid me demanda : “Khafîf, es-tu capable de quelque prouesse ?” Je lui répondis : “Non, par Dieu, ô mon seigneur !” Il insista : “Pas même tenir ma monture pendant que je descends combattre ?” Je lui dis : “Oh si, je peux.” Il mit alors pied à terre, je tins son cheval, il releva les pans de ses vêtements dans sa ceinture, dégaina son sabre et me jeta son fourreau. Puis il avança seul vers le lion. L’animal bondit sur lui, et al-Muʿtaḍid trancha d’un coup l’une de ses pattes, de sorte que le lion s’en trouva occupé ; aussitôt, il lui porta un second coup sur le sommet du crâne, le fendant, et le lion s’effondra, mort. Le calife s’approcha du fauve, essuya son sabre sur la fourrure, puis vint vers moi, rengaina son arme, remonta en selle et nous rejoignîmes l’armée. » Khafîf conclut : « Je l’ai accompagné jusqu’à sa mort. Par Dieu, je ne l’ai jamais entendu raconter ce fait à qui que ce soit ; je l’ignore donc. »