Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Les gens te reprochent ton empressement à verser le sang.
Il répondit : « Par Dieu, je n’ai pas versé le moindre sang illicite depuis que j’ai reçu cette charge, si ce n’est en raison d’un droit légitime. »

Je lui dis : « Alors, pourquoi as-tu tué Aḥmad ibn al-Ṭayyib (1), qui était ton serviteur et ne t’avait manifesté aucune faute (2) ? »
Il dit : « Malheur à toi ! Il m’a invité à l’hérésie et à la mécréance en Dieu, en privé. Je lui ai répondu : “Ô homme ! Je suis le cousin du détenteur de la Loi religieuse et je suis investi de sa fonction : devrais-je apostasier pour devenir qui (3) ?” Alors je l’ai tué (4). »

Je lui dis : « Qu’en est-il donc des trois que tu as exécutés à cause des concombres ? »
Il répondit : « Par Dieu, ce n’étaient pas ceux qui avaient pris les concombres. En réalité, c’étaient des voleurs (5) passibles de la peine de mort. J’ai ordonné qu’on les fasse sortir des prisons, puis je les ai mis à mort sous prétexte qu’ils avaient pris les concombres, afin d’effrayer l’armée pour qu’elle ne sème pas la corruption sur terre. »

Ensuite, il ordonna de relâcher ceux qui avaient été emprisonnés à cause des concombres, les libéra après les avoir fait se repentir, les revêtit d’honneurs, et leur rendit les soldes qu’ils percevaient auparavant.

Ibn al-Jawzī (6) rapporte : « Un jour, al-Muʿtaḍid sortit et établit son camp à Bāb al-Shamāsiyya. Il interdit à quiconque de prendre quoi que ce soit dans le verger d’autrui. On lui amena alors un Noir qui avait saisi une grappe de dattes non mûres (7). Al-Muʿtaḍid l’observa longuement, puis ordonna qu’on lui tranche la tête.

Ensuite, il se tourna vers ses compagnons et dit : “Le commun des gens réprouve cet acte et affirme que le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) a dit : ‘Il n’y a pas de peine de coupe de la main pour le vol de fruits ni de moelle de palmier’ (8). Or, il ne se contente pas de la simple amputation, au point de l’exécuter. Pour ma part, je n’ai pas tué cet homme pour son vol.

En vérité, cet esclave noir a une histoire étrange. C’est un homme de la révolte des Zanj qui s’était rendu et avait obtenu la sûreté du vivant de mon père. Un jour, il se disputa avec un musulman, le frappa et lui coupa la main, provoquant ainsi sa mort. Mon père avait alors laissé son sang impuni pour se concilier les Zanj. J’avais juré que si jamais je parvenais à le saisir, je le tuerais. Je ne l’ai aperçu qu’à l’instant, et je l’ai exécuté pour venger cet homme (9).” »

(1) Il s'agit du philosophe Ahmad ibn al-Ṭayīb al-Sarakhsī, une source intarissable de savoir, qui fut le mentor d'al-Muʿtaḍid, puis devint son compagnon intime et le conseiller de ses secrets. Al-Muʿtaḍid le fit tuer à cause de sa philosophie et de la perversité de sa croyance en l'an 286 de l'Hégire. (Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ, 13/448). (2) Dans les manuscrits B, Ẓā et Ṭ : « lui ». (3) Dans le manuscrit Ā : « parmi les gens », et dans Ṭ : « parmi ceux qui ne sont pas de sa tribu ». Ce qui est confirmé dans B, Ẓā et dans al-Muntaẓam. (4) Ensuite, dans Ṭ : « pour apostasie et hérésie ». (5) Dans Ṭ : « Ils ont tué et pris l'argent, donc leur meurtre est obligatoire ». (6) Al-Muntaẓam (5/136). (7) « Al-ʿIdhq » : toute branche ayant des ramifications, et la palme du palmier. « Al-Busr » : le fruit du palmier avant de mûrir. (8) Rapporté par Ahmad dans son Musnad (3/463), Abū Dāwūd dans les Ḥudūd n° 4388, al-Tirmidhī n° 1449 dans les Ḥudūd, al-Nasāʾī (8/87), Ibn Mājah n° 2593, Mālik dans le Muwaṭṭaʾ (2/839) et al-Dārimī (2/174). Ce hadith est authentique et se rapporte à la fois en forme mutawṣil (continu) et munqaṭiʿ (interrompue), comme l'a expliqué l'imam al-Tirmidhī. Al-Ṭaḥāwī a dit : « Ce hadith a été unanimement accepté par les savants dans son texte ». « Al-Kathar » : le bois dur du palmier, c’est sa graisse, située au milieu du palmier. (al-Nihāya). (9) Cette histoire est rapportée dans B, Ẓā après le passage suivant.
الناس ينكرون عليك تسرّعك في سفك الدماء. فقال: واللّه ما سفكْتُ دمًا حرامًا منذ وُلِّيت إِلَّا بحقِّه. فقلت له: فعلام قتلْتَ أحمد بن الطَّيِّب (١) ، وقد كان خادمك ولم يظهر لك (٢) جناية؟ فقال: ويحك! إنه دعاني إلى الإلحاد والكفر بالله فيما بيني وبينه، فقلت له: يا هذا! أنا ابن عم صاحب الشريعة، وأنا منتصب في منصبه، فأكفر حتى أكون مَن (٣) ؟ فقتلته (٤) . فقلت له: فما بال الثلاثة الذين قتلتهم على القِثَّاء؟ فقال: واللّه ما كان أولئك الذين أخذوا القِثَّاء، وإنَّما كانوا لصوصًا قد (٥) وجب قتلهم؛ بعثت فجئت بهم من السجون فقتلتهم أنهم الذين أخذوا القِثّاء، وأردت أن أهول على الجيش لئلا يُفسِدوا في الأرض. ثم أمر بإخراج أولئك الذين كان حبسهم بسب القِثّاء، فأطلقهم بعدما استتابهم، وخلع عليهم، وردَّهم إلى أرزاقهم التي كانت لهم. قال ابن الجوزي (٦) : وخرج المعتضد يومًا فعسكرَ بباب الشماسية، ونهى أن يأخذ أحدٌ من بستان أحدٍ شيئًا، فأتى بأسود قد أخذ عِذْقًا من بُسْر (٧) ، فتأمَّله طويلًا، ثم أمر بضرْب عنقه، ثم التفت إلى أصحابه وقال: إنَّ العامة ينكرون هذا، ويقولون: إنَّ رسول اللّه ﷺ قال: "لا قَطْعَ في ثَمَرٍ ولا كَثَرٍ" (٨) . ولم يكفه أن يقطع يده حتى قتله، وإني لم أقتل هذا على سرقته، وإنَّما هذا الأسود له خبر عجيب؛ هذا رجلٌ من الزّنج كان قد استأمن في حياة أبي، وإنه تقاول هو ورجل من المسلمين، فضرب المسلمَ فقطع يده، فمات الرجل، فأهدر أبي دمَ الرجل تأليفًا للزّنج، فآليت على نفسي إن أنا قدرت عليه لأقتلنَّه، فما وقعت عيني عليه إِلَّا هذه الساعة، فقتلته بذلك الرجل (٩) .
(١) هو الفيلسوف أحمد بن الطَّيِّب السَّرَخْسي، من بحور العلم الذي لا ينفد، وكان مؤدب المعتضد، ثم صار نديمه وصاحب سرّه ومشورته، وقتله المعتضد لفلسفته وخبث معتقده سنة ٢٨٦ هـ. سير أعلام النبلاء (١٣/ ٤٤٨). (٢) في ب، ظا، ط: له. (٣) في آ: من قوم وفي ط: من غير قبيلته، والمثبت من ب، ظا والمنتظم. (٤) بعدها في ط: على الكفر والزندقة. (٥) في ط: قد قتلوا وأخذوا المال فوجب قتلهم. (٦) المنتظم (٥/ ١٣٦). (٧) "العِذْق": كل غصن له شُعَب، وقنو النخلة. والبُسْر: ثمر النخل قبل أن يُرْطِب. (٨) رواه أحمد في مسنده (٣/ ٤٦٣)، وأبو داود في الحدود رقم (٤٣٨٨)، والترمذي رقم (١٤٤٩)، في الحدود، والنسائي (٨/ ٨٧)، وابن ماجة رقم (٢٥٩٣)، ومالك في الموطأ (٢/ ٨٣٩)، والدارمي (٢/ ١٧٤). وهو حديث صحيح، ويروى هذا الحديث موصولًا ومنقطعًا كما بينه الإمام الترمذي، وقد قال الطحاوي: هذا الحديث تلقت العلماء متنه بالقبول. و "الكَثَرُ": جُمَّر النَّخْل، وهو شحمه الذي وسط النَّخْلة. النهاية. (٩) هذه القصة وردت في ب، ظا بعد الفقرة التالية.

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