Malheur à la séparation ! Quel malheur m’est advenu, ainsi qu’à eux, lorsque la séparation est survenue ! L’heure du départ a sonné et ils sont partis.
Ô toi, conducteur des caravanes de chameaux, hâte-toi pour que je puisse les saluer une dernière fois… Ô toi, conducteur des caravanes, dans ton départ se trouve mon destin !
Je suis resté fidèle à la promesse, je n’ai point rompu notre amitié. Ah ! si seulement je savais ! Après si longtemps, qu’ont-ils fait ? (1)(2)
Alors un homme parmi ceux qui étaient avec moi — peut-être hostiles — dit : « Ils sont morts. » Le jeune homme s’exclama : « Dans ce cas, je meurs moi aussi. » L’autre lui répondit : « Si tel est ton souhait. » Il s’étira, s’adossa à un pilier tout près de lui, puis il mourut. Nous ne repartîmes pas avant de l’avoir enterré, — qu’Allah lui fasse miséricorde.
Quant à Al-Mubarrad, il mourut après avoir dépassé soixante-dix ans.
[Puis vint l’an deux cent quatre-vingt-six (286).]
Cette année-là, on prit possession d’Amid au détriment d’Ibn al-Cheikh au mois de Rabi’ al-Akhir. Une lettre de Hârûn ibn [Khumârawayh ibn] (3) Ahmad ibn Tûlûn parvint alors d’Égypte à Al-Mu’tadid, qui campait à Amid, l’invitant à lui livrer Qinnasrîn et les ‘Awâsim, à condition de le confirmer dans son émirat sur les provinces d’Égypte. Il acquiesça à cette requête, puis il quitta Amid en direction de l’Irak. Il ordonna la démolition des remparts de la ville : on en détruisit (4) une partie sans pouvoir achever la tâche.
Ibn al-Mu’tazz le félicita pour la conquête d’Amid (5) en ces termes :
« Sois en paix, ô Prince des Croyants, et demeure dans la félicité ; puisses-tu t’en réjouir en toute victoire !
Car combien de péripéties se sont produites, auxquelles tu as fait face en gagnant de l’avance lorsqu’elles survenaient, forçant le destin à se retirer.
Tu es un lion dont les proies sont des lions : jamais l’une de tes griffes ne se blanchit de leur sang ! »
Lorsque le calife revint à Bagdad, il reçut un présent de la part de ‘Amr ibn al-Layth, envoyé depuis Nîsâbûr. Celui-ci arriva à Bagdad le jeudi, huit jours avant la fin de Jumâdâ al-Âkhira. Sa valeur totale s’élevait à quatre millions de dirhams, sans compter les montures, les selles et d’autres objets (6).
Cette même année (7), Ismâ‘îl ibn Ahmad as-Sâmânî et ‘Amr ibn al-Layth entrèrent en conflit. En effet, lorsque ‘Amr ibn al-Layth tua Râfi‘ ibn Harthama et envoya sa tête au calife, il sollicita de celui-ci qu’on lui attribuât les territoires situés au-delà du fleuve, [en plus de ce qu’il détenait déjà…]